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Le marché sort de l'hibernation… mais la France reste coupée en deux.
IMMOBILIER
✍️ Par Yannick URRIEN
Il arrive toujours un moment où les marchés, après avoir beaucoup douté, se remettent à respirer. L’immobilier français semble entrer dans cette phase. Non pas une flambée – ceux qui annoncent déjà un nouveau cycle haussier oublient que les marchés immobiliers sont des paquebots, pas des hors-bord – mais un mouvement plus discret, plus subtil : une normalisation. Les chiffres publiés par l’Observatoire PAP vont dans ce sens.
Au niveau national, les prix progressent de 1,7 % sur un an. Rien d’exubérant. Mais après deux années de refroidissement brutal provoqué par la remontée des taux d’intérêt, c’est un signal qu’il serait imprudent d’ignorer. Car l’immobilier, comme la Bourse, a ses saisons. Et celle qui s’ouvre ressemble davantage à un printemps hésitant qu’à un été flamboyant.
La mécanique est connue. En 2023 et 2024, la remontée brutale des taux d’intérêt a brutalement refermé la parenthèse des années d’argent gratuit. Les taux immobiliers, longtemps inférieurs à 1 %, ont franchi la barre des 4 %, provoquant un choc de solvabilité pour les ménages. Aujourd’hui, la situation s’est stabilisée. Les crédits immobiliers se négocient autour de 3,3 % sur vingt ans. Ce niveau reste élevé par rapport à l’époque bénie de l’argent gratuit, mais il devient supportable. Et surtout, il redonne de la visibilité.
Dans un marché immobilier, la confiance joue un rôle presque psychologique. Dès que les ménages cessent de redouter une nouvelle hausse des taux, les projets immobiliers qui avaient été mis en attente recommencent à émerger. Les primo-accédants – ces jeunes ménages qui structurent le marché – commencent à revenir. Pas en masse, mais suffisamment pour redonner un peu de fluidité aux transactions. Or dans l’immobilier, la fluidité précède toujours la hausse.
Dans plusieurs grandes villes, les prix progressent légèrement. Rien de spectaculaire, mais assez pour signaler un retournement d’ambiance. Lille affiche ainsi la hausse la plus marquée avec +2,3 %, pour un prix moyen autour de 3 580 €/m². Paris, souvent considéré comme le thermomètre du marché français, enregistre une progression de 1,9 %, avec un prix moyen désormais proche de 9 720 €/m².
La capitale reste toutefois dans une situation très particulière. Les prix avaient corrigé d’environ 10 % en deux ans, ce qui explique en partie le rebond actuel. Autrement dit, Paris ne s’envole pas : elle se stabilise. D’autres grandes métropoles affichent également des hausses modérées : Nice : 4 973 €/m² (+1,7 %) ; Bordeaux : 4 421 €/m² (+1,7 %) ; Toulouse : 3 324 €/m² (+1,3 %) ; Lyon : 4 605 €/m² (+0,5 %) ; Marseille : 3 310 €/m² (+0,4 %). Ces évolutions modestes traduisent moins un véritable boom qu’une sortie progressive de la phase d’ajustement.