Comment accompagner l'IA dans les entreprises.

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Yannick URRIEN

Tanguy Duthion : « Impossible de stopper le shadow AI, il faut en faire une force »

L’essor incontrôlable de l’intelligence artificielle dans les entreprises oblige les directions à changer de doctrine : moins interdire, davantage comprendre, encadrer et canaliser.

Le phénomène n’en est encore qu’à ses débuts, mais il est déjà partout. Dans les entreprises, l’intelligence artificielle générative s’installe à une vitesse que peu de directions informatiques avaient anticipée. Pour Tanguy Duthion, CEO d’Avanoo, il est désormais illusoire de croire que l’on pourra contenir ce mouvement par les seules politiques de restriction. Son constat est net : « impossible de stopper le shadow AI ». Dès lors, la vraie question n’est plus de savoir comment l’empêcher, mais comment l’intégrer sans perdre le contrôle.

En évoquant ce sujet, le dirigeant fait naturellement le parallèle avec le shadow IT, ce vieux casse-tête des DSI désignant l’usage de logiciels ou de services non validés par l’entreprise. Mais selon lui, l’intelligence artificielle change profondément l’échelle du problème. Là où les outils traditionnels exigeaient souvent une installation, une configuration ou un abonnement identifié, l’IA générative, elle, est accessible immédiatement. Un navigateur internet ou un téléphone portable suffisent. « En quelques secondes, un collaborateur peut demander à une IA de résumer un document, générer un texte, analyser des données ou produire du code », résume-t-il. Autrement dit, la barrière d’entrée a pratiquement disparu.

Cette mutation est d’autant plus profonde que l’adoption s’est faite dans un ordre inédit. Tanguy Duthion insiste sur ce point, qui éclaire une grande partie du phénomène : « les usages personnels ont précédé les usages professionnels ». C’est sans doute là le basculement décisif. Pendant longtemps, les salariés découvraient les outils numériques dans le cadre de l’entreprise avant de les intégrer à leur quotidien. Avec l’IA, c’est l’inverse. Beaucoup se sont familiarisés chez eux avec ces assistants conversationnels, ces générateurs de texte ou ces outils d’analyse. Ils arrivent donc au bureau avec des réflexes déjà installés. L’entreprise n’introduit plus la technologie : elle la subit, ou du moins elle la découvre après coup.

Derrière cette adoption souterraine, les gains de productivité sont réels. C’est d’ailleurs ce qui rend le phénomène si difficile à freiner. Lorsqu’un collaborateur a le sentiment qu’un outil lui permet d’aller plus vite, de mieux rédiger, de synthétiser une masse d’informations ou de gagner du temps sur des tâches répétitives, il l’utilise spontanément. Mais cette efficacité immédiate a son revers. Le premier danger, rappelle le patron d’Avanoo, concerne la confidentialité. « Lorsqu’un collaborateur soumet un document interne à un service d’IA public, il peut involontairement exposer des informations sensibles. » La formule est simple, mais elle résume une inquiétude majeure. Contrats, données clients, éléments financiers, informations stratégiques : tout peut se retrouver injecté dans des outils sur lesquels l’entreprise n’a ni visibilité ni maîtrise suffisante.

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