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Témoins de l'Espérance – À la rencontre des Apôtres de notre temps.
LITTÉRATURE
✍️ Par Yannick URRIEN
Témoins de l’Espérance – À la rencontre des Apôtres de notre temps, coécrit par Benoît de Blanpré et Thomas Oswald, est un livre de terrain plus qu’un essai. En 240 pages, il propose un tour du monde à travers une vingtaine de pays où l’on peut encore célébrer l’eucharistie, prier ou se convertir… au prix d’un risque réel. Les auteurs installent d’emblée le décor : en Chine, des assemblées infiltrées, au Pakistan des églises sous protection, en Iran des rencontres clandestines, et au Burkina Faso ou au Nigeria une liturgie susceptible d’être interrompue par la violence.
Ce choix narratif donne au livre son rythme et sa force. On n’est pas dans l’indignation générale, mais dans une succession de portraits : prêtres, religieuses, catéchistes, familles, figures discrètes que les auteurs qualifient d’“apôtres de notre temps”. L’intention n’est pas de fabriquer des héros, plutôt de montrer comment la fidélité se construit dans la durée, au milieu de menaces, de pressions administratives, de discriminations ou d’attaques.
L’ouvrage s’inscrit clairement dans la mission de l’Aide à l’Église en Détresse (AED), que dirige Benoît de Blanpré : informer, faire prier, et susciter une aide concrète quand les communautés sont matériellement fragiles. Autrement dit, ce livre n’est pas seulement un récit : c’est aussi un outil de sensibilisation, presque un “pont” entre lecteurs occidentaux et chrétiens en détresse, selon la logique revendiquée par l’association.
Un des intérêts de ce “tour du monde” est d’éviter le couloir médiatique habituel. La Chine, la Syrie, l’Iran ou certaines zones du Sahel apparaissent, évidemment, mais le livre élargit la focale à d’autres régions moins spontanément associées à la persécution, notamment en Amérique centrale. Et surtout, il met en regard des causes différentes : ici un islamisme politique ou des groupes terroristes, là un ethnonationalisme qui soupçonne le christianisme d’être un corps étranger, ailleurs des violences de groupes armés et de trafics auxquels des prêtres ou des responsables laïcs s’opposent en dénonçant la corruption. Cette diversité de situations évite le récit monolithique : elle rappelle que la pression contre les chrétiens n’a pas une seule matrice.
La chronique devient alors aussi sociale et politique : l’Église locale n’est pas décrite comme une simple “communauté religieuse”, mais comme un acteur de paix et de services, parfois l’un des derniers repères stables. Écoles, soins, médiations, protection des minorités : dans plusieurs chapitres, les auteurs montrent des institutions chrétiennes au service de tous, y compris de populations non chrétiennes, et capables de retisser du lien dans des sociétés fracturées. Cette dimension est l’une des plus convaincantes du livre, car elle donne à voir une utilité publique concrète là où l’État est absent, contesté ou impuissant.
Dans les prises de parole associées à la sortie du livre, un fil revient : l’espérance n’est pas décrite comme un optimisme, mais comme une énergie spirituelle qui se “purifie” dans l’épreuve. C’est aussi la thèse la plus dérangeante pour un lecteur occidental : la liberté religieuse, quand elle existe, peut banaliser le geste de croire, le transformer en habitude alors que, dans d’autres pays, chaque geste de foi coûte. Sans se perdre dans la leçon de morale, le livre joue ce rôle de miroir : il met en tension le confort et le courage, la routine et la résistance.