⟵ Retour
France : une reprise sans élan, ING anticipe une croissance autour de 1 % en 2026.
ANALYSE
✍️ Par Yannick URRIEN
ING France diffuse une note de conjoncture de son experte macroéconomique, Charlotte de Montpellier, qui dresse le bilan d’une année 2025 “turbulente” et esquisse des perspectives 2026 un peu mieux orientées, mais toujours contraintes par des fragilités structurelles. La croissance se stabiliserait à un niveau modeste, sur fond d’incertitudes politiques moins marquées qu’en 2025 et d’un environnement international encore potentiellement défavorable.
Selon ING, le PIB français a progressé de 0,2 % au quatrième trimestre 2025 (en glissement trimestriel), après une hausse de 0,5 % au troisième trimestre, qui avait constitué une surprise. Derrière ce chiffre, la production totale de biens et services a nettement ralenti (+0,1 % après +0,8 % au T3). Sur l’ensemble de l’année 2025, la croissance moyenne s’établit à 0,9 %, en baisse par rapport à 2024 (+1,1 %), mais au-dessus de ce qui était anticipé un an plus tôt.
La note attribue le manque de vigueur de 2025 à deux chocs principaux : l’“interminable saga budgétaire” en France et la guerre commerciale américaine. La consommation des ménages n’aurait progressé que de 0,4 % sur l’année, tandis que l’investissement n’aurait augmenté que de 0,2 %. ING souligne toutefois un paradoxe : malgré la désinflation et la hausse des salaires réels, les ménages ont accru leur épargne jusqu’à un point haut historique à la mi-2025, avant un léger reflux en fin d’année, permettant un début de reprise de la consommation. En parallèle, certains moteurs ont mieux résisté, dont l’aéronautique, ainsi qu’une consommation publique dynamique (+1,7 % sur l’année), à un rythme supérieur à celui du PIB. La contribution la plus marquante à la croissance annuelle viendrait des variations de stocks (0,7 point), avec un schéma décrit comme atypique : importations et stockage massif de pièces aéronautiques au premier semestre, puis déstockage exporté au second.
Pour 2026, ING met en avant un élément de stabilisation : la baisse de l’incertitude budgétaire et politique. Le redressement de l’indicateur de sentiment économique de la Commission européenne en janvier est cité comme signal d’un environnement moins anxiogène. La détente se refléterait aussi sur les écarts de taux franco-allemands, revenus à leurs plus bas depuis l’été 2024. Cette normalisation permet, selon l’analyse, d’être “un peu plus optimiste” pour 2026, sans pour autant envisager un rebond marqué.
Le scénario central reste celui d’une croissance autour de 1 % en 2026. L’amélioration du climat des affaires, notamment dans l’industrie, serait portée par le redressement européen et le plan de relance allemand, avec des carnets de commandes mieux orientés. La hausse des dépenses de défense continuerait de soutenir le secteur, tandis que les exportations aéronautiques resteraient un moteur important, à condition que les cadences suivent. Des freins persistent toutefois : l’appréciation récente de l’euro pourrait peser sur les exportations et l’activité, ING rappelant une estimation de la BCE selon laquelle une hausse additionnelle de 4,3 % de l’euro face au dollar retrancherait 0,1 point de croissance au PIB de la zone euro. La pression fiscale élevée est également présentée comme un facteur de retenue, les enquêtes d’entreprises indiquant des intentions d’investissement toujours faibles.
Côté ménages, ING table sur un soutien graduel de la demande intérieure. La confiance se serait raffermie ces derniers mois et la baisse des craintes de chômage pourrait favoriser une décrue du taux d’épargne, encore élevé, au profit d’une légère reprise de la consommation. Le contexte resterait celui d’une inflation contenue sous 2 % et de salaires réels en hausse. L’investissement des ménages progresserait légèrement, malgré des taux longs susceptibles de remonter encore au cours de l’année.