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Inflation américaine : le fossé persistant entre statistiques et ressenti des ménages.
ANALYSE
✍️ Par Yannick URRIEN
Alors que les indicateurs officiels signalent un net reflux de l’inflation aux États-Unis, l’inquiétude des ménages demeure élevée. Core CPI et core PCE évoluent désormais autour de 3 %, se rapprochant progressivement de l’objectif de la Réserve fédérale.
Pourtant, selon plusieurs enquêtes, les ménages américains continuent d’anticiper une inflation supérieure à 5 % sur un an. Pour Étienne Gorgeon, responsable de la gestion obligataire chez Sanso Longchamp AM, ce décalage n’a plus rien de conjoncturel : il est devenu structurel et révèle les limites de la mesure statistique face à l’expérience quotidienne des consommateurs.
Étienne Gorgeon souligne que la construction même des indices contribue à cette divergence. Le CPI repose sur un panier relativement rigide, dans lequel le logement occupe une place prépondérante, tandis que le PCE, privilégié par la Fed, réduit de moitié ce poids et adopte une méthode dite « chaîne-type », censée mieux refléter les comportements réels de consommation. Cette approche, qui intègre les substitutions entre produits, a pour effet de lisser les hausses de prix les plus brutales. De plus, le périmètre plus large du PCE, incluant notamment certaines dépenses de santé prises en charge par des tiers, tend mécaniquement à modérer l’inflation mesurée.
Mais, comme le rappelle Étienne Gorgeon, la perception des ménages se forge ailleurs. Elle est avant tout influencée par les dépenses récurrentes et visibles : alimentation, carburant, loyers ou frais médicaux. Ces postes, ressentis plusieurs fois par semaine au moment du passage en caisse, pèsent psychologiquement bien davantage que leur poids relatif dans les indices. Lorsque les salaires réels progressent moins vite que ces dépenses contraintes, la perte de pouvoir d’achat apparaît immédiate, renforçant l’idée d’une inflation toujours élevée, même si les statistiques racontent une autre histoire.
À cette dimension budgétaire s’ajoute un facteur politique et médiatique. Étienne Gorgeon observe que dans un climat de forte polarisation, une partie de l’opinion se montre de plus en plus sceptique à l’égard des statistiques fédérales. Les tensions commerciales et les débats sur les droits de douane focalisent l’attention sur certains biens aux hausses de prix visibles, nourrissant l’idée d’une pression inflationniste persistante, même lorsque son impact macroéconomique reste limité.
En définitive, analyse Étienne Gorgeon, les indices CPI et PCE remplissent correctement leur mission : mesurer l’inflation moyenne de l’économie américaine. Mais ils ne captent qu’imparfaitement l’inflation « vécue » par les ménages, concentrée sur les biens essentiels. Tant que cette réalité quotidienne restera déconnectée des trajectoires macroéconomiques, le malaise des consommateurs devrait perdurer, expliquant pourquoi l’opinion reste négative alors même que l’inflation officielle se rapproche progressivement de la cible de la Fed.
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