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Marché locatif : les contraintes énergétiques bouleversent l'équilibre du parc français.
IMMOBILIER
✍️ Par Yannick URRIEN
La mise en conformité énergétique des logements franchit un cap décisif depuis le début de l’année. Avec l’interdiction, au 1er janvier 2025, de louer les biens classés en catégorie G, le marché locatif entre dans une phase de transition sans précédent. Cette évolution n’est qu’un premier jalon : les logements notés F devront suivre en 2028, puis ceux classés E en 2034. Selon les données du dernier Observatoire Guy Hoquet Location, ces trois segments représentaient près d’un quart des logements proposés à la location entre janvier et septembre 2025. Un volume suffisamment important pour influer durablement sur la dynamique du marché.
Face aux investissements nécessaires pour atteindre les seuils réglementaires, de nombreux propriétaires hésitent à engager les rénovations énergétiques exigées. L’étude souligne qu’une partie d’entre eux choisit déjà de retirer leur bien de la location, faute de visibilité sur les aides ou sur la rentabilité future des travaux. D’autres envisagent de répercuter une partie de ces charges sur les loyers, ce qui alimente la tension observée sur les prix au cours des derniers mois.
Les précédentes interdictions n’avaient touché qu’une fraction réduite du parc, mais les échéances à venir concernent des volumes bien plus significatifs. Les logements classés F et E représentent respectivement 4,2 % et 17,6 % de l’offre étudiée par Guy Hoquet sur les neuf premiers mois de 2025. À défaut d’un vaste mouvement de rénovation, la contraction de l’offre pourrait devenir structurelle.
Les effets des nouvelles règles ne seront pas uniformes sur le territoire. L’étude montre que certaines régions comme l’Île-de-France pourraient voir plus de 30 % de leur parc locatif être progressivement concerné par les interdictions. À l’inverse, des zones comme la Corse, où seuls 4,3 % des biens entrent dans les catégories F et G, seront moins exposées. Cette pression réglementaire pourrait accentuer des tendances déjà observées : raréfaction accrue de l’offre dans les métropoles et agglomérations très tendues, regain d’intérêt pour certaines zones périphériques ou rurales qui disposent d’un parc plus récent ou moins énergivore.
« Les exigences environnementales sont légitimes, mais leur mise en œuvre doit s’accompagner d’un soutien plus lisible pour les propriétaires », explique Stéphane Fritz, président de Guy Hoquet l’Immobilier. Selon lui, la rénovation énergétique peut devenir un levier de valorisation du patrimoine, à condition que le cadre d’aide soit réellement opérationnel. Sur le marché de la transaction, les logements énergétiquement déficients enregistrent désormais des décotes significatives. Plus la classe énergétique est basse, plus la réduction du prix au mètre carré est marquée, note Guy Hoquet. Cette évolution traduit l’intégration progressive, par les acheteurs, du coût des rénovations et des contraintes réglementaires.
Le marché locatif, lui, adopte une dynamique inverse. Malgré leurs faiblesses énergétiques, les logements classés F ou G continuent de bénéficier d’une demande soutenue dans de nombreuses communes. La rareté de l’offre, renforcée par les sorties du marché, entraîne parfois une progression plus rapide des loyers pour ces biens que pour les logements mieux notés.
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