La limite de Hayflick.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Nicolas Gorodetzky est médecin, écrivain et musicien. Il vient de publier un ouvrage intitulé « La limite de Hayflick » qui est un roman basé sur l’immortalité d'après les travaux du biologiste Hayflick. Le thème est le suivant : « Stanislas Verlaine, à peine remis de sa précédente aventure contre le Mandarinia, est parti se faire oublier en Suède, où il suit un master de criminologie. Il va se retrouver, malgré lui, au cœur d'une guerre souterraine entre forces occultes, puissantes, qui joueront l'avenir de l'humanité à la roulette russe.

L'enjeu sera le secret détenu par un génie de la génétique et celui de la pérennité de l'humanité sur la planète. »

Or, il aurait pu aussi écrire un livre scientifique pour traiter de cette question de l’immortalité. Cependant, il a préféré le faire sous la forme d’une fiction : « J’essaye de différencier mes carrières, entre la médecine, la littérature et la musique. Je fais des publications médicales et scientifiques, mais cette fois je suis plutôt dans le ludique. Cette idée de la limite de Hayflick m’intéresse depuis longtemps, surtout après avoir étudié les travaux de différents prix Nobel sur la question du vieillissement. Le héros de ce livre était déjà cité dans le précédent et c’est donc une suite. Il y a un mélange entre la partie scientifique et la partie purement fiction. »

Leonard Hayflick est un biologiste américain qui a longtemps travaillé sur la question de l’immortalité. D’abord, il ne faut pas confondre l’immortalité et le recul du vieillissement : « Pour atteindre l’immortalité, il faudrait que les cellules se renouvellent en permanence dans le corps. Les cellules ont un pouvoir de division qui se limite à 50 ou 60. Ensuite, elles entrent dans une phase de vieillissement, avant de mourir. C’est la raison pour laquelle nous vivons rarement au-dessus de 110 ou 120 ans. D’autres savants ont découvert que cette limite de Hayflick, en tout cas ce vieillissement des cellules, était due au fait que sur chaque chromosome des cellules il y a des petits capuchons, les télomères, qui sont plus ou moins influencés par notre vie de tous les jours, en l’occurrence les perturbateurs endocriniens, le stress ou les maladies. C’est ce qui fait que selon les personnes, on vieillit plus ou moins longtemps. Il y a aussi une enzyme qui joue son rôle pour protéger ces télomères, en l’occurrence la télomérase. Les scientifiques se sont précipités vers la télomérase en disant que cela apporterait l’immortalité. Mais, manque de chance, la télomérase peut multiplier les cellules saines, tout comme les cellules anormales, donc créer des cancers. C’est la raison pour laquelle la recherche est en stagnation actuellement. »

Vivre éternellement, ou vivre le plus longtemps possible, c’est un rêve depuis toujours. La recherche semble stagner, mais il y a aussi des interrogations d'ordre philosophique : « Cela pose de nombreuses questions sociétales, notamment sur la survie de notre planète puisque nous sommes déjà très nombreux. On peut aussi imaginer que des gens qui récupéreraient cette formule de vieillissement ou d’immortalité pourraient ensuite décider de qui pourrait être immortel ou non. Cela peut nous mener très loin. »

Nicolas Gorodetzky avait envie d’écrire sur ce domaine depuis longtemps : « J’ai lu de nombreux écrits scientifiques sur ce sujet et quand j’ai voulu écrire la suite de mon premier livre de fiction, ce thème est venu naturellement. » Quelle serait la réaction du chercheur qui découvrira un jour le secret de l’immortalité ? L’auteur imagine plusieurs possibilités : « D’abord, ce serait un vrai bouleversement planétaire. Le savant se pose cette question tout au long du livre. C’est une interrogation permanente. Comment trouver la façon la plus raisonnable de partager cette découverte ? Personnellement, je crois qu’il serait difficile de divulguer tout cela au grand public d’un seul coup. Il faudra d’abord partager l’information avec des gens qui ont une forte éthique et qui décideront de ce que l’on peut faire avec cette information. Dans les déviances, il faut vraiment éviter que cette solution soit vendue au plus offrant. Un scientifique qui a de l’éthique va forcément contacter ses pairs pour décider de ce que l’on peut faire. Quelqu’un de malhonnête agirait autrement. » Et si un comité scientifique décidait de donner cette pilule magique uniquement à des personnes éligibles selon certains critères ? Nicolas Gorodetzky estime que ce serait aussi une forme d’inégalité : « Je laisse le lecteur réfléchir à cette question. Mais cela a déjà été débattu récemment lorsque Poutine a discuté de l’immortalité avec le président chinois. »

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