Une maison posée sur un plan

Les Français veulent rénover, mais la pression financière freine la transition énergétique.

IMMOBILIER

✍️ Par Yannick URRIEN

L’édition 2025 de l’Observatoire Cetelem de l’Habitat, menée auprès de 12 574 Européens dont plus de 3 000 Français, dresse un constat paradoxal : les ménages demeurent profondément attachés à leur logement, qu’ils perçoivent comme un refuge face à l’incertitude économique, mais se trouvent freinés par les contraintes budgétaires dès qu’il s’agit d’investir dans sa rénovation énergétique. Près de 9 Français sur 10 (86 %) se disent attachés à leur logement et 91 % en sont satisfaits, un niveau en progression. Cependant, cette relation est fragilisée par la hausse des coûts de l’énergie et du logement. Environ 59 % des Français affirment vouloir modifier leurs habitudes pour réduire leur consommation, mais seuls 42 % envisagent de réaliser des travaux, signe que la priorité reste avant tout économique.

Les motivations de rénovation sont désormais dominées par des considérations financières et de confort : 44 % des Français entreprennent des travaux pour réaliser des économies, et 47 % pour améliorer leur bien-être au quotidien. À l’inverse, la motivation écologique recule nettement : seuls 9 % citent la préoccupation environnementale comme première raison d’agir, contre 18 % l’année précédente. L’enjeu climatique reste intégré, mais ne constitue plus un moteur prioritaire. L’étude révèle que 68 % des Français ont renoncé à des travaux pour des raisons financières, tandis qu’un tiers évoque d’autres freins : lourdeurs administratives (20 %), propositions peu rassurantes (18 %) ou pénurie d’artisans qualifiés (15 %).

Le financement reste un sujet sensible : 55 % des Français jugent anormal de recourir au crédit pour financer des rénovations. Toutefois, lorsqu’il est intégré directement au parcours de travaux - par exemple via l’entreprise ou le devis - la perception change radicalement : 55 % y voient un atout, et 56 % jugent utile qu’une offre de financement soit proposée dès l’élaboration du projet. Plus d’un Français sur deux (56 %) estime ne pas disposer d’informations suffisantes sur le coût réel d’une rénovation. Le rôle de l’entourage est déterminant : 73 % déclarent être influencés par leurs proches, contre 62 % par les professionnels. Les artisans et installateurs restent les interlocuteurs les plus crédibles, loin devant les médias ou les réseaux sociaux.

Les bénéfices concrets encouragent le passage à l’acte : 60 % des ménages ayant réalisé des travaux constatent une baisse effective de leur facture, et 75 % jugent cette réduction conforme à leurs attentes. Par ailleurs, 87 % des Français sont convaincus qu’une rénovation énergétique valorise leur bien, et 58 % attendent un retour sur investissement en moins de cinq ans. Si 11 % seulement des Français connaissent les dispositifs d’aide et savent comment en bénéficier, leur rôle demeure déterminant : sans subventions, 60 % des propriétaires renonceraient à leurs travaux. L’étude pointe aussi la faible connaissance des réglementations en vigueur, ignorées par 80 % des ménages.

L’Observatoire identifie cinq axes prioritaires pour lever les freins à la rénovation : Mieux informer sur les coûts et bénéfices réels des travaux ; Valoriser les résultats concrets pour renforcer la confiance ; Mettre en avant la valorisation patrimoniale comme motivation rationnelle ; Stabiliser et simplifier les aides publiques pour assurer la visibilité des ménages ; Intégrer le financement directement au parcours client pour lever les blocages psychologiques et administratifs.

Pour Flavien Neuvy, directeur de l’Observatoire Cetelem, « la question n’est plus pourquoi agir ? mais comment agir concrètement ? Les Européens sont prêts à s’engager dans la transition énergétique, mais leurs décisions restent bridées par les contraintes financières et la complexité des démarches. » En résumé, la transition énergétique dans le logement ne se heurte plus à un manque de conviction, mais à un manque de moyens, de clarté et de simplicité.

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