L'Europe entre Poutine et Trump

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Pierre Ménat a été ambassadeur de France en Roumanie, en Pologne, en Tunisie et aux Pays-Bas, conseiller du président Chirac et directeur de l’Union européenne au ministère des Affaires étrangères. Dans son dernier livre, il estime que l’agression russe en Ukraine a signé la réapparition de la guerre sur le continent européen. Le retour de Donald Trump au pouvoir en janvier 2025 a eu pour effet de fragiliser la relation transatlantique. L’arrangement douanier inégal imposé à l’Union européenne par lui, comme le rapprochement russo-américain sur l’Ukraine, illustrent ce double risque. La dépendance à l’égard de la Chine, la défiance des citoyens envers le projet européen, la place de l’Europe dans un monde marqué par le recours désinhibé à la force constituent également des questions centrales. Confronté à ses limites, le modèle européen doit être repensé. Il faut mesurer les risques d’un nouvel élargissement, réduire les dépendances et concevoir une défense européenne intégrant le Royaume-Uni.

Cet ouvrage permet d’appréhender cette problématique au sens global : « La première partie est consacrée à un rappel des données du problème, c'est-à-dire la menace Poutine à laquelle on s'est habitué, puis le risque Trump, mais aussi le contexte international qui est de plus en plus difficile, et dans lequel l'Europe peut jouer un rôle qu'elle ne joue pas aujourd'hui. La deuxième partie est consacrée à une analyse des moyens par lesquels l'Europe peut compter davantage. » En lisant cette analyse, on a le sentiment que le navire européen fuit de partout. Pierre Ménat nous précise qu’il utilise le mot Europe et qu’il ne parle pas de l'Union européenne : « Maintenant il faut prendre le problème de façon plus large, pas seulement au niveau de l'Union européenne, parce que l'Europe, ce n'est pas seulement l'Union européenne. En réalité, l'Union européenne est un organisme assez complexe qui repose encore sur les États membres. Il y a d'autres acteurs, comme le Royaume-Uni, mais aussi l'OTAN, puisque la plupart des pays membres de l'Union européenne sont également membres de l'OTAN. »

Comment trouver de bons formats, alors les taux de fiscalité sont de 9 % en Hongrie, à 32 % en France ? Pierre Ménat explique : « C'est un problème très important, parce que c'est un facteur décisif de la compétition entre États européens. On ne peut pas le régler aujourd'hui, parce que cela exige l'unanimité. On ne peut pas le régler en augmentant de façon générale les impôts, personne ne l'accepterait. Souvent, un certain nombre de gens ont en tête qu’il faut remonter les impôts en Irlande, en Hongrie et autres… Mais il ne faut pas perdre de vue qu'une harmonisation fiscale, cela peut être aussi vers le bas, ce qui, dans la situation des finances publiques qui est la nôtre, est lourd de conséquences également. »

Pour le futur de l’Europe, Pierre Ménat appelle à un réflexe qui a été à l'origine de sa création : le compromis. Toutefois, « pour pouvoir faire des compromis, il faut que les personnes qui sont autour de la table soient persuadées que c'est nécessaire. Et quand elles sont convaincues que c'est nécessaire, elles y arrivent parce qu'elles estiment que c'est leur intérêt, leur intérêt collectif. Donc, à partir du moment où elles ont un intérêt collectif, il est possible d'y parvenir. Ce qui manque, c'est le moteur, parce que quand il y a un bon moteur, c'est une machine à créer des compromis. »

Maintenant, quel avenir peut-on envisager pour l’Europe ? Pierre Ménat reconnaît que le bloc occidental n'est plus homogène. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas bienveillant à l'égard de l'Europe. Donc, c'est un facteur négatif. Mais peut-être que cela peut entraîner un facteur positif qui peut nous pousser enfin à réagir.

Par ailleurs, il va bien falloir un jour retrouver le chemin de la confiance avec la Russie et que nos petits-enfants puissent se rendre à Moscou, comme ils vont à Barcelone ou à Berlin. Pierre Ménat indique : « Je crois que cette perspective, qui est souhaitable, d'une reprise des relations avec la Russie, suppose quand même la fin de la guerre en Ukraine. Donc, cela veut dire qu’il faut trouver une solution au problème ukrainien. On a oublié qu'il fallait aussi laisser la voix au dialogue. Le problème, c'est que cette nécessité du dialogue a été reprise par quelqu'un d'autre, en l’occurrence Trump. C'est lui, aujourd'hui, qui a les cartes en main pour voir dans quelle mesure il peut faire accepter à Poutine un cessez-le-feu. Pour l'instant, cela ne marche pas. Si l'on arrive à trouver une solution pour l'Ukraine, cela va être très difficile parce que les Russes ont quand même des ambitions sans limites. Mais pourquoi Trump a-t-il le droit de dialoguer avec Poutine, finalement personne ne le critique ouvertement, et pourquoi les Européens ne le feraient-ils pas ? Au début, ils ont essayé de le faire, rappelez-vous l'initiative du président Macron qui était de maintenir un dialogue avec Poutine. Il a été très critiqué pour cela. Finalement, quand Trump l'a fait, tout le monde s'est incliné. »

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.