Une maison posée sur un plan

Airbnb : la France sous l'emprise du tourisme 2.0.

IMMOBILIER

✍️ Par Yannick URRIEN

Souvent accusées de raréfier la location longue durée, les plateformes de meublés touristiques ne sont peut-être que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Une nouvelle étude de l’Institut Terram, intitulée « Tourisme 2.0 : anatomie de la France Airbnb », dresse un état des lieux inédit de ce phénomène qui a, en une décennie, profondément redessiné la carte du tourisme français.

Selon cette analyse fondée sur des données exhaustives fournies par Airbnb France, près de 80 % des communes - soit 28 289 sur 34 875 - accueillent aujourd’hui au moins une location sur la plateforme. En 2013, seules quelques zones littorales, stations alpines et grandes métropoles figuraient sur la carte. En 2024, le modèle Airbnb est devenu la norme, du littoral aquitain aux villages périgourdins, en passant par les vallées de la Loire et les cœurs métropolitains.

L’étude montre que les nuitées sur les plateformes de réservation (Airbnb, Booking, Abritel) ont plus que doublé entre 2018 et 2024, quand l’hôtellerie traditionnelle stagnait. Cette mutation s’accompagne d’un bouleversement des pratiques : le coût croissant des vacances pousse les ménages à rechercher des solutions flexibles et abordables.

Près d’un Français sur deux a déjà réservé sur Airbnb, et 30 % l’utilisent au moins une fois par an. Le profil type de l’utilisateur : jeune (moins de 35 ans), diplômé et actif, souvent en couple ou en famille. Les séjours durent en moyenne cinq jours et concernent avant tout le littoral (79 %), les grandes villes (72 %) et les zones rurales (67 %).

Mais Airbnb n’est pas seulement une réponse au besoin de mobilité : pour de nombreux hôtes, la plateforme représente un revenu d’appoint significatif, équivalant à un treizième mois. En 2024, le revenu médian brut des hôtes atteignait 3 800 € par an, avant impôts et cotisations. Si la plateforme stimule les économies locales, notamment dans les bourgs de 1 000 à 3 000 habitants où elle contribue au maintien des commerces de proximité, elle accentue aussi la tension sur le logement dans les zones touristiques et métropolitaines. Les communes de la côte atlantique ou de la montagne, par exemple, connaissent une rareté croissante du logement permanent, conséquence de la forte attractivité touristique combinée à un parc immobilier limité.

L’Institut Terram rappelle que la France a durci son cadre réglementaire depuis 2019 : déclaration automatique des revenus, plafonnement à 120 nuits (ou 90 dans certaines villes), obligation d’enregistrement, compensation logement et sanctions pouvant atteindre 100 000 € par logement.

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