Comprendre l'incroyable écologie : analyse d'un écolo-traître.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Bertrand Alliot est ingénieur-maître en gestion de l’environnement et docteur en science politique. Porte-parole de l’association Action Écologie et chroniqueur pour plusieurs magazines, il a publié « Une histoire naturelle de l’homme » en 2020.

Dans son dernier livre, il évoque un sujet qui préoccupe de plus en plus de citoyens : le discours alarmiste autour de l’écologie est-il un prétexte pour faire reculer les libertés individuelles ? En effet, l’idée domine que rien ne sera jamais suffisant pour « sauver la planète ». L’écologie ne se limite plus à un souci légitime pour l’environnement. Elle s’est investie dans une mission bien plus vaste : sauver la civilisation du désastre et donc assurer le « salut » de l’humanité. L’auteur explique qu’une telle ambition génère inévitablement de l’idéologie, voire des formes de religiosité, et inspire des politiques qui ne font pas consensus.

Bertrand Alliot a toujours travaillé dans le domaine de l’environnement. Il y a quelques mois, il a été victime d’une chasse aux sorcières pour avoir organisé un colloque sur l’écologie : « J’ai été démis de mes fonctions de direction à l’université, c’est incroyable. Je travaillais dans l’administration de l’université sans avoir de fonctions liées à la politique éducative. Donc, c’est un délit d’opinion par rapport à ce que je raconte sur l’écologie en dehors de mes activités professionnelles. L’université est devenue l’empire du politiquement correct, de l’écologiquement correct, parce que ces questions ont pris une place très importante au fur et à mesure des années. Si vous n’êtes pas dans la doxa, même en dehors de vos activités professionnelles, vous êtes puni. »

Tout cela amène à faire un parallèle avec la religion : si l'on n’est pas dans la doxa, on est puni, on doit se repentir, on doit respecter les grands prêtres... Il y a même la question du salut : « On est dans cet aspect, car l’écologie développe beaucoup la question de la sobriété : il faut être sobre pour ne pas détruire la planète. On est dans la décroissance, c’est comme une religion, et c’est l’une de mes thèses. Il y a effectivement cet aspect mystique. L’écologie veut sauver l’humanité, puisque l’on nous affirme que la crise écologique va tout détruire. Donc, logiquement, on est dans le salut de l’humanité, de la même manière que les religions sont dans le salut de l’âme. L’écologie va naturellement produire de l’idéologie. D’ailleurs, je définis l’idéologie comme une religion sans Dieu. »

Bertrand Alliot précise que « cette admiration pour la nature existe dans tous les camps. C’est vrai qu’à droite, on aime bien cet imaginaire autour de la pureté, ce n’est pas faux. Mais il y a deux écologies qui s’opposent. Il y a l’écologie d’enracinement, certains diront l’écologie d’extrême droite, ce terme n’a pas d’importance et, en face, l’écologie d’émancipation de la gauche, qui consiste à toujours relier les thèmes environnementaux à des marqueurs politiques. L’écologie de l’émancipation, c’est toujours associer l’écologie à la déconstruction. Il faut toujours déconstruire les individus. On s’attaque aux racines, c’est ce qui a fait naître l’écologie de gauche. Pour moi, l’écologie est née au XIXe siècle, quand on a eu l’intuition que jouer avec la nature allait nous jouer des tours en créant des rétroactions qui mettraient en danger les sociétés humaines. Donc, si l'on est en danger de mort, il faut une politique de salut public. L’écologie, c’est d’abord un diagnostic de crise. C’est ensuite la mise en place d’une politique radicale, comme quand on est en guerre. Les écologistes veulent finalement une sorte d’état d’urgence. »

Par ailleurs, dans l’entretien qu’il nous a accordé, l’auteur précise : « Il faut faire une différence entre l’environnement et l’écologie. L’environnement est un mot que l’on n'utilise plus beaucoup, qui a disparu. Avant, il y avait ministère de l’Environnement. Aujourd’hui, c’est un ministère de l’Écologie. Et c’est très significatif. L’écologie, c’est la nécessité de mener une politique radicale autour de deux thèmes : le climat et la préservation de la biodiversité. Ce sont les deux thèmes qui nourrissent le catastrophisme aujourd’hui. Tout ce qui concerne l’environnement, c’est la prise en compte des pollutions, des nuisances et des risques. Dans les médias, on ne nous parle que des sujets écologiques qui nourrissent le catastrophisme, notamment le climat et la biodiversité. En résumé, l’écologie, c’est l’affaire des fous qui croient à la fin du monde, alors qu’à l’inverse l’environnement concerne tout le monde. »

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