Carrefour : la tourmente qui vient.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Carrefour est actuellement en pleine bataille juridique avec un nombre important de ses franchisés. Le 3 juillet dernier, l’association des franchisés Carrefour a remporté une victoire technique en obtenant que ses demandes soient considérées comme recevables. Elle est appuyée par Bercy, qui estime que Carrefour devrait récupérer une grosse amende. Le 17 juillet dernier, le Tribunal de Commerce de Caen a donné raison à 17 franchisés ou ex-franchisés Promocash. Carrefour va devoir leur communiquer en toute transparence le montant des ristournes accordées par chaque fournisseur au titre de la coopération commerciale. Carrefour est tenu par contrat de répercuter à chaque franchisé le prorata de ristourne qui lui revient, en fonction de son CA. Mais les 17 commerçants qui ont intenté une action en Justice contre le distributeur veulent vérifier, justificatifs à l’appui, que rien n’a été « oublié » en route. La confiance n’exclut pas le contrôle !


Les juges obligent Carrefour à la transparence.

Les juges obligent donc Carrefour à transmettre ses archives aux plaignants, en remontant pour le plus ancien d’entre eux jusqu’à 2002 ! On se demande pourquoi Carrefour a refusé pendant aussi longtemps d’ouvrir ses dossiers… Est-ce pour le principe ou par cachotterie ? En attendant, les tribunaux commencent à s’occuper du dossier Carrefour, et cela ne sent pas très bon pour le groupe dirigé par Alexandre Bompard. Cela sent d’autant plus mauvais que sa politique commerciale a été de transférer à la franchise ou à la location-gérance un très grand nombre de ses magasins, une politique qui, à court terme, permet d’externaliser les magasins déficitaires, tout en conservant la puissance d’achat du géant.

Carrefour est actuellement à un tournant. Depuis le rachat des minoritaires au Brésil, un pays qui représente 22 % de son CA, numéro 2 derrière la France (46 %), et le rachat de Cora-Match en France, sans compter quelques dizaines de magasins issus du dépeçage du groupe Casino, le groupe Carrefour s’est retrouvé endetté, et cela ne plaît pas du tout au marché. Du coup, « une revue d’actifs a été initiée », avait confirmé Alexandre Bompard, PDG, en présentant en début d’année les résultats de l’exercice passé. En clair, Carrefour envisage la cession de pays non stratégiques ou non rentables (souvent les deux), ce qui, de facto, dessinera un « nouveau Carrefour ».


Fin de l’internationalisation.

Le groupe a été un très grand groupe international, il l’est de moins en moins. Il a commencé à abandonner l’Autriche en 1978 et a continué par le Mexique, le Chili, la Colombie, il est sorti de Chine, d’Indonésie ou encore des Etats-Unis. Pour le moment, les rumeurs concernent l’Italie, qui représente un peu plus de 4 % du CA, avec environ 3,63 milliards d’euros en 2024. Les pertes, qui s’étaient cumulées à plus de 874 millions d’euros entre 2019 et 2023, ne se sont pas du tout réduites en 2024, avec 250 millions d’euros !

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