Un jour, nous vivrons ensemble.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

C’est une très belle histoire que vient de publier Maxim Schenkel. Ce jeune homme de 32 ans, de confession juive - il est important de le préciser - imagine une histoire d’amour entre un Palestinien et une Israélienne, dont la toile de fond est la réconciliation entre les deux peuples. Nous avons interrogé Maxim Schenkel sur sa démarche : « Nos pensées, nos cultures et nos idéologies font partie de nos plus grandes richesses. Ce sont ces différences que j’aime explorer et qui me nourrissent. C’est un sujet d’une actualité brûlante. Ce livre est le fruit de plusieurs rencontres et de nombreux voyages, et d’une curiosité par rapport à notre humanité. En tant qu’humain, je me sentais concerné, sans avoir réellement d’attaches d’un côté ou de l’autre. Donc, créer cette histoire m’a permis de dérouler cette forme de cheminement et de faire émerger des débats pour faire évoluer les choses. La violence ne fonctionne pas, car si la violence fonctionnait, ce conflit serait résolu depuis de très nombreuses années. »

Le récit commence à Tantura en 1948 : « Alors qu’ils s’apprêtent à se marier, Hassan et Fatima voient leur village anéanti, leurs proches massacrés, leurs vies brisées. Arrachés à leur terre natale, ils entament un exil où chaque étape est une lutte pour la dignité, la survie et le droit de se souvenir. Leur histoire, inspirée de faits réels, résonne comme un écho aux tragédies de l’Histoire, où les destins individuels se heurtent aux bouleversements du monde. » L’auteur invite les deux camps à sortir de la radicalité : « J’ai envie de croire en quelque chose de positif. Je suis absolument convaincu que tous les humains de la planète ont le droit de vivre une vie digne. Nous n’avons pas le choix, particulièrement dans cette partie du monde, il faut que les deux peuples puissent vivre ensemble d’une manière juste et équitable. Au-delà d’une simple utopie, pour moi c’est un juste retour des choses, pour que notre humanité soit plus équilibrée. On ne verra peut-être pas cela de notre vivant, mais j’ai envie de croire que cela se produira. »

Maxim Schenkel a choisi la forme romancée pour faire passer son message : « Il peut y avoir un peu de prudence, mais avec le roman on peut explorer les thématiques d’une façon très personnelle. Je ne suis pas historien, je suis simplement curieux du monde dans lequel nous vivons. Dans ce contexte, la forme romancée permet de dérouler une histoire et d’en parler à un maximum de personnes. L’histoire peut être interprétée de différentes façons, tout dépend de l’angle dans lequel on se trouve. Alors, j’avais vraiment à cœur de transmettre cette vision des choses. Je n’ai pas écrit cela pour plaire, mais vraiment pour faire réfléchir et bousculer les codes. Je suis convaincu que c’est par la conscience collective que nous réussirons à vivre ensemble. »

Il souligne : « Quand je vois ce qui se passe en Israël et en Palestine, cela m’amène à réfléchir sur les origines de tout cela. On ne peut pas dire que c’était une terre sans peuple il y a 80 ans. L’État d’Israël est légitime, néanmoins il ne faut pas avoir peur de s’interroger sur les conditions de sa mise en place. La solution à deux États est-elle envisageable ? Au quotidien, on voit qu’il y a une grande différence de traitement entre les deux peuples et personne ne peut nier que le peuple palestinien est opprimé. »

Maxim Schenkel évoque une prise de conscience, y compris au sein de la communauté juive, dont une partie estime désormais que les choses vont trop loin : « Il est difficile de faire des généralités. Néanmoins, j’ai rencontré beaucoup de jeunes Israéliens lors de mon voyage et l'on sent que la jeunesse a envie que les choses changent et évoluent. Ils ont envie de s’investir dans un juste partage des terres, avec une volonté de vivre en paix. Encore une fois, on ne peut pas faire de généralités, mais je crois vraiment que les choses bougent. Le problème, c’est la radicalité car, quand on pénètre dans cette sphère, il est difficile d’en sortir. C’est vraiment une question qui concerne nos sociétés contemporaines. Il faut accepter la différence, s’interroger sur nos libertés, se situer par rapport aux autres... Tout cela est nécessaire pour trouver une juste harmonie entre les peuples. »

À la fin du livre, Ali, troisième génération, devient infirmier à Caen. Il côtoie Sara, juive israélienne française, infirmière comme lui, et il en tombe amoureux. Il décide d’aller sur la terre de ses ancêtres pour découvrir ses racines, ses cousins et chercher sa mère qui l’a abandonné. Sara comprend. Issue d’une famille juive libérale habitant Tel-Aviv, elle est favorable à la cohabitation des deux peuples et opposée à la guerre. Ils s’aiment et pensent obscurément que les mariages mixtes permettront peut-être de créer cet État mélangé où, en Israël, Juifs et Arabes pourront vivre en paix. Toutefois, la réalité est plus cruelle que les rêves et Ali s’en rendra compte à Gaza, bombardée après le pogrom du Hamas le 7 octobre.

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