La cassette de l'Empereur.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Bernard Denis-Laroque, polytechnicien, spécialiste de l'audiovisuel, a consacré une partie de sa carrière au ministère des Affaires étrangères en charge des échanges culturels de la France. Il est l'auteur de plusieurs romans, d'un recueil de fables et d'un recueil de nouvelles. Le mélange des faits historiques et de la fiction fait l'originalité de son nouveau roman, intitulé « La cassette de l’Empereur ». Qu'il s'agisse de l'exil à Sainte-Hélène, des personnages qui entourèrent l'Empereur déchu ou de la révélation progressive d'un secret très convoité au fil des grands épisodes de la vie politique des 19 et 20ᵉ siècles, l'intrigue surfe avec bonheur sur les mythes et légendes qui ont entouré la mort de Napoléon Bonaparte. Nous avons interrogé Bernard Denis-Laroque sur son livre et il évoque d’abord son intérêt pour Napoléon : « Napoléon est la personne qui a réussi à intégrer les valeurs de la Révolution. Ces valeurs de la Révolution n’allaient pas de soi et c’est ce qui a permis de baser une nation européenne sur cette notion de droits de l’homme. Je suis convaincu que l’on doit cela à Napoléon. D’ailleurs, l’idée de Napoléon n’a jamais été de conquérir l’Europe, contrairement à ce que l’on dit. Beaucoup de gens présentent Napoléon comme une sorte d’Hitler, mais il n’a fait que des guerres défensives. Il y a eu sept coalitions financées par les Anglais contre lui. Les Anglais auraient probablement abandonné la guerre si Napoléon avait lâché la Belgique. En effet, toute l’histoire de France montre que la Belgique a toujours été la clé de l’inimitié entre la France et l’Angleterre. Napoléon ne voulait pas lâcher la Belgique, parce que la Belgique avait été conquise par les révolutionnaires de Valmy. Il a fallu faire la guerre, il n’a pas pu envahir l’Angleterre, donc il a décidé le blocus continental et, pour cela, il fallait que tous les ports européens soient fermés. »

Mais revenons au roman en lui-même : « Mon parcours m’a évidemment incité à écrire, parce qu’il se passe des choses absolument incroyables dans le monde. J’ai fait des romans d’aventures, jusqu’ici, plus ou moins historiques, mais l’idée de ce roman est sans doute née d’un film d’Antoine de Caunes sur Napoléon, dans lequel il expliquait que Napoléon n’était sans doute pas mort à Sainte-Hélène. Je me suis dit qu’il était intéressant d’écrire un roman dans les interstices de l’histoire. On ne peut pas dire que c’est un roman historique, cependant on ne peut pas dire que c’est faux non plus, parce qu’on ne peut pas le démontrer. »

L'ouvrage contient, en notes de bas de page, des « clins d'œil » aux certitudes et incertitudes de l'histoire officielle, aussi concis qu’intéressants : « Je ne trompe pas le lecteur. Je cite mes sources quand c’est vrai, mais quand cela relève de la fiction, je ne dis rien. D’ailleurs, Jean Tulard, qui est un grand spécialiste de Napoléon, explique que, même pour un spécialiste, mon histoire est vraisemblable. Tout pourrait être vrai. Cela m’a fait vraiment plaisir. »

L’histoire commence le 16 septembre 1812, lorsque le chef des armées du tsar décide de faire brûler Moscou en sentant la défaite arriver : « On a de bonnes raisons de penser que le tsar n’était pas d’accord à 100 %, mais cela s’est fait quand même, parce Koutouzov était tenace. » À partir de là, c’est son imagination qui prend le pouvoir : « Pourquoi Napoléon est-il resté un mois à Moscou ? Dès le début, il a dit que ce serait catastrophique, et pourtant il est resté un mois à Moscou. Napoléon est toujours quelqu’un qui décide, il ne demande jamais aux autres de décider à sa place. Donc, pourquoi évoque-t-on des atermoiements de sa part ? À partir de là, j’ai imaginé qu’un grand secret avait été découvert lors de ce séjour. » Cette période marque aussi le début du déclin de la dynastie : « Tout au long du livre, on parle de la déliquescence de la dynastie Romanov. On a instillé les valeurs de la Révolution française dans une société féodale et ce fut un poison mortel pour cette société. »

Ensuite, c’est la fiction qui prend le dessus : « J’ai toujours ancré mes romans dans des faits historiques plus ou moins lointains, mais c’est la première fois que, réellement, c’est le fait historique lui-même qui constitue la trame du roman. On ne s’embrouille pas, il faut que les personnages de fiction puissent vivre leur vie, car si l'on veut leur imposer une vue, cela fera un mauvais roman. »

Dans sa fiction, il évoque cette fameuse cassette et il rappelle que le KGB a travaillé dessus jusqu’à l’époque de Gorbatchev : « C’est totalement vrai. L’or des Romanov a été l'objet d'actions très sérieuses du KGB et des services secrets soviétiques. Il manquait plus de mille tonnes d’or dans les caves impériales et il fallait absolument les retrouver. Jusqu’à l’époque de Gorbatchev, il y a eu des services qui étaient uniquement consacrés à la recherche de cet or. »

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