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La sénatrice de Paris alerte le préfet sur les trous dans les comptes de la Ville de Paris.
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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Marie-Claire Carrère-Gée, sénatrice LR de Paris : « Depuis très longtemps, la Ville s’endette massivement, chaque année, crise ou pas crise. »
Trous dans les comptes 2024 de la Ville de Paris : Marie-Claire Carrère-Gée demande au préfet de saisir en urgence la Chambre régionale des comptes. Ancienne ministre, conseillère de Paris, elle est sénatrice LR de Paris et présidente de la Commission des finances du Conseil de Paris.
L’Hebdo-Bourseplus : Il existe un débat récurrent sur l’endettement de la Ville de Paris, que l'on a le sentiment d'entendre depuis Bertrand Delanoë, même si ce n’était pas à ce niveau…
Marie-Claire Carrère-Gée : Ce n’était quand même pas la même situation sous Bertrand Delanoë. J’ai été la première à dénoncer assez vigoureusement le fait qu’il y ait un écart structurel entre l’évolution des recettes et l’évolution des dépenses. Depuis très longtemps, la Ville de Paris ne dégage pas suffisamment d’épargne sur ses recettes de fonctionnement pour pouvoir investir. Donc, depuis très longtemps, la Ville s’endette massivement, chaque année, crise ou pas crise. Il n’y a jamais eu la moindre correction de trajectoire, ce qui nous conduit à un endettement, au sens strict, sans même parler des satellites de la Ville et sans même considérer les risques liés à des garanties d’emprunt. L’estimation basse, c’est 8,7 milliards cette année. C’est de très longue date.
On dénonce tout cela depuis très longtemps, de la même manière que nous dénonçons les subterfuges de la Mairie de Paris pour masquer cela. Je pense aux loyers capitalisés et il y a plus de 2 milliards d’euros qui ont artificiellement basculé en section de fonctionnement pour rééquilibrer les choses, avec la complicité des gouvernements successifs. Nous avons aussi dénoncé le fait que la Ville était shootée aux DMTO. Tant que le marché immobilier se portait bien, on s’endettait massivement, tout en étant dépendant d’une recette qui pouvait connaître des fluctuations importantes.
Ce qui est plus récent, c’est que les charges liées à la dette sont massives et compromettent la capacité d’investissement de la Ville. Par exemple, cette année, on va avoir 980 millions d'euros d’endettement nouveau, mais aussi plus de 500 millions d’euros de remboursement d’intérêts et capital de la dette. Donc, on s’endette pour rembourser la dette, mais pas pour investir. On dénonce tout cela chaque année, mais à chaque fois c’est de plus en plus grave. Je vous rappelle que la Ville de Paris, il y a deux ans, a augmenté massivement la taxe foncière, de 62 % en un an, en se donnant une marge de 800 millions d’euros pour ses recettes de fonctionnement. Le fait nouveau, c’est qu’elle a désormais épuisé cette marge, et bien au-delà.