Des pièces de puzzle qui s'emboitent

La ruée vers l'or : un engouement inédit

ANALYSE

✍️ Par Yannick URRIEN

Un décryptage d’Arnaud du Plessis, gérant actions thématiques spécialisé sur l’or et les ressources naturelles chez CPRAM, pour L’Hebdo-Bourseplus.

Dans un environnement international tourmenté par des tensions géopolitiques et des incertitudes économiques croissantes, l’or continue d’attirer tous les regards. Ce métal jaune, traditionnellement perçu comme une valeur refuge, bat record sur record et confirme sa place centrale dans les stratégies d’investissement. Au cours de la fin 2024 et du premier quadrimestre 2025, l’or a fait preuve d’une dynamique spectaculaire. « En avril 2025, l’once a franchi pour la première fois la barre des 3 500 $ », rappelle Arnaud du Plessis. Un pic atteint le lundi de Pâques, jamais observé auparavant. Cette envolée s’inscrit dans la continuité d’une progression de +34 % enregistrée en 2024 et d’une hausse supplémentaire de +20 % sur les quatre premiers mois de 2025. Pour Arnaud du Plessis, « ces chiffres traduisent l’attrait quasi-exclusif des investisseurs pour l’or dans un contexte où les marchés traditionnels vacillent ».

La vigueur de la demande mondiale illustre parfaitement cet engouement. Selon le World Gold Council (WGC), la consommation mondiale de métal jaune a dépassé 1 200 tonnes au premier trimestre 2025, un niveau inédit pour cette période depuis 2016. « Ce pic de demande intervient alors même que le prix de l’or est au plus haut : cela démontre la confiance des intervenants dans le rôle sécuritaire du métal jaune », explique Arnaud du Plessis. Parmi les acheteurs, la Chine se distingue particulièrement : si l’or ne représente aujourd’hui que 7 % de ses réserves totales, le pays est néanmoins entré dans le peloton de tête des acheteurs en 2024. « Pékin devrait poursuivre ses acquisitions stratégiques », anticipe Arnaud du Plessis, convaincu que ce mouvement de diversification constituera un levier stabilisant dans un contexte de résilience du dollar incertaine.

Plusieurs facteurs expliquent cette ruée vers l’or. D’abord, les tensions géopolitiques (conflits en Ukraine, flambée des violences au Moyen-Orient) créent un climat d’incertitude propice à la fuite vers la sécurité. « L’or demeure un actif tangible capable de préserver la valeur en période de crise », note Arnaud du Plessis. Ensuite, la volatilité des marchés financiers et les craintes liées aux guerres commerciales poussent les investisseurs à chercher un refuge hors des actions et des obligations traditionnelles. Enfin, la politique des banques centrales joue un rôle essentiel : plusieurs d’entre elles ont massivement renforcé leurs réserves d’or depuis 2024. « En reconstituant leurs réserves dans le métal jaune, les institutions monétaires réduisent leur dépendance au billet vert et se prémunissent contre de futures dépréciations du dollar », explique Arnaud du Plessis. Pour lui, « la pierre angulaire de cette stratégie réside dans la capacité de l’or à agir comme une monnaie universelle en situation d’urgence ».

Face à cette tendance, la question se pose : « Est-il trop tard pour se positionner sur l’or ? » interroge Arnaud du Plessis. Plusieurs solutions s’offrent aux investisseurs : Or physique : lingots, pièces et autres formes traditionnelles. Fonds adossés au métal jaune : trackeurs ou fonds spécialisés. Actions de sociétés minières : « Investir dans des entreprises d’exploration, d’extraction et de distribution d’or (mais aussi de platine, d’argent ou de palladium) permet souvent de bénéficier d’effets de levier », observe Arnaud du Plessis. Il note toutefois que ces valorisations restent attrayantes : « Malgré l’engouement pour le métal, les sociétés minières sont encore sous-évaluées par rapport à leur potentiel de production ». Entre 2019 et 2025, les encours sous gestion des fonds thématiques dédiés aux métaux précieux ont ainsi progressé de 10 milliards d’euros pour atteindre 21 milliards d’euros (Funds Magazine, avril 2025). Selon Arnaud du Plessis, « cette évolution traduit l’intérêt croissant des investisseurs pour une classe d’actifs capable de diversifier et de stabiliser un portefeuille, surtout dans un environnement de taux réels négatifs ».

La suite de cette trajectoire haussière dépendra notamment de la politique de la Réserve fédérale américaine. « Si la Fed venait à réduire ses taux directeurs dans les prochains mois, cela pourrait soutenir la demande pour les actions de sociétés minières, dont la valorisation est souvent corrélée à la trajectoire du prix de l’or », explique Arnaud du Plessis. Néanmoins, il avertit : « D’autres variables – comme l’évolution des tensions géopolitiques ou le ralentissement d’économies majeures – sont susceptibles d’infléchir la tendance à court terme ».

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