A ma place.
LITTÉRATURE
Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, publie son premier livre « A ma place ». Première et unique femme présidente de l'Assemblée nationale, députée réélue plusieurs fois, cette mère de cinq enfants revient sur les coulisses de son incroyable parcours. Yaël Braun-Pivet explique pourquoi elle sort ce livre maintenant : « Après la dissolution, j’ai eu le sentiment qu’il fallait que j’explique aux Français qui j’étais. J’ai été élue à la présidence de l’Assemblée nationale avec un gain de notoriété, ce qui est certain, mais les Français me connaissaient quand même peu. Ensuite, j’ai voulu mettre bout à bout des textes que j’avais écrits au fur et à mesure de certains événements qui m’avaient marquée et que je ne voulais pas oublier. J’ai pensé que c’était le moment de mettre tout cela en cohérence. Enfin, j’en ai un peu assez de cette détestation des Français à l’égard de leurs hommes et de leurs femmes politiques ! J’avais envie de les inviter à venir à ma place, en leur montrant les coulisses, l’impact que cela a sur ma vie et ce qu’est la politique quand on n’est pas une professionnelle, mais simplement une citoyenne qui a décidé de s’engager à 47 ans, alors qu’elle avait déjà fait une partie de sa vie. J’invite les Français à venir avec moi dans les coulisses de la politique, à travers ce livre, pour qu’ils se rendent compte que nous sommes des hommes et des femmes comme tout le monde, avec simplement le désir de s’engager. »
Dans son livre, on peut identifier trois parties : celle sur son histoire, celle sur ses combats politiques et une dernière un peu plus style « House of Cards » sur les coulisses de la politique… On découvre que rien n’a été facile : « C’est aussi cela que je voulais déconstruire. Certains peuvent penser que la politique est quelque chose de réservé à une caste de privilégiés et d’héritiers. Je voulais montrer que rien ne me prédestinait à devenir présidente de l’Assemblée nationale et que rien, dans mon histoire familiale, ne pouvait me conduire à cela. Rien ne prédestinait mon grand-père à avoir une petite-fille présidente de l’Assemblée nationale. C’est la promesse républicaine. C’est la force de notre République qui permet à chacun de s’instruire, de se former, de grandir, de s’engager et de tracer sa route. »
Lorsque l'on comprend son parcours, on ressent que cet engagement est lié à la souffrance de ses grands-parents et elle évoque aussi les événements du 7 octobre : « Cette histoire qui est la mienne m’oblige à venir défendre les valeurs pour lesquelles tant d’hommes et de femmes ont combattu et sont morts. Il s’agit de défendre les valeurs de la République, défendre notre devise, lutter pied à pied contre l’antisémitisme, préserver l’État de droit, préserver la démocratie… C’est la plus belle des missions et c'est celle qui m’incombe. »
Yaël Braun-Pivet aborde également sa vision de la politique : « On dit souvent que les Français sont un peuple très politique. Les gens s’intéressent, ils ont un avis sur la chose publique et c’est heureux. Il n’y a rien de pire que l’indifférence. Il faut se réjouir d’avoir un peuple qui vibre. Je pense que les Français sont plutôt pessimistes sur leur avenir collectif. Ma méthode est d’être plus calme. Je ne veux jamais répondre par de l’énervement et de la colère à certaines provocations, parce que j’ai la conviction que cela ne ferait qu’empirer les choses, surtout dans cette assemblée qui est très vivante et qui a des forces politiques extrêmes qui se font face. Cette assemblée a besoin d’une présidence ferme, mais apaisée. Je crois en cette promesse de déplacement des clivages, pour échanger, discuter et construire avec des gens qui sont, par essence, en désaccord avec vous. C’est ma méthode. J’essaye toujours d’aller chercher des points de convergence avec chacun, plutôt que d’accentuer ce qui nous sépare. »
Il y a aussi quelques anecdotes dans son livre. Lorsqu’elle envisage sa candidature à la présidence de l’Assemblée nationale, Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée à l’époque, lui déclare que ce ne sera pas possible parce que Gérard Larcher est président du Sénat et qu’il est aussi élu des Yvelines : « J’ai raconté cette anecdote pour illustrer justement le fait que la politique est un combat. Il faut aller chercher l’élection, il faut aller chercher les voix, mais il faut aussi prendre son risque. On ne devient pas président de l’Assemblée nationale en étant proposé par quelqu’un, ou par calcul. On devient président de l’Assemblée nationale parce que l’on s’est battu, en prenant des risques, et c’est aussi une invitation à la prise de risques et à l’audace. Je raconte cette anecdote, car on pourrait croire que ce type de fonction vous est servi sur un plateau et ce n’est vraiment pas le cas. C’est ce que je dis aux jeunes que je rencontre : « Allez-y, osez, foncez, prenez des risques, parce que c’est comme cela que vous construirez votre vie et votre destin. » Notre pays est capable d’envoyer des satellites dans l’espace. On a Ariane. Notre pays, c’est celui qui fait le Rafale, c’est celui qui a une force de dissuasion nucléaire, et c’est aussi celui qui a le meilleur institut européen de recherche contre le cancer. Oui, il faut rappeler que notre pays est capable du meilleur, mais il faut croire en nous individuellement et collectivement. »
Cependant, on a parfois le sentiment que notre classe politique s’imagine que parce qu’elle est élue, elle a raison à 100 % et que les autres sont des idiots… Yaël Braun-Pivet partage ce sentiment : « C’est insupportable ! Au contraire, on a besoin de travailler ensemble. La vie est un immense compromis. On passe notre temps à faire des compromis avec nos amis, nos enfants ou nos collègues de travail. On n’est jamais d’accord à 100 % tous les jours, avec quelqu’un, même dans sa vie de couple. Donc, il faut faire des efforts et des pas les uns vis-à-vis des autres. Les Français attendent de nous que l’on se retrousse les manches, que l’on se mette autour d’une table et que l’on essaye de régler ensemble un sujet. On n’a pas 100 % raison. Si nous avions 100 % raison, les Français auraient donné une très large majorité à un seul parti et ce n’est pas le cas. Avec cette division de la classe politique actuelle, nous devons maintenant en sortir le meilleur et c'est à nous de jouer. »
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