Quand Pékin espionne la Réserve fédérale nord-américaine.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

John Rogers se trouvait à Shanghai en mai 2013 pour participer à un forum économique en tant qu’économiste de la Réserve fédérale (Fed) lorsqu’il a reçu pour la première fois un courrier électronique d’un homme accusé d’être un des agents des Services secrets chinois. L’homme s’est présenté comme un étudiant chinois qui souhaitait en savoir plus sur la Banque centrale américaine. M. Rogers affirme lui avoir refusé l’argent qu’il proposait. Cependant, ils sont restés en contact et, par la suite, l’homme a invité M. Rogers à revenir en Chine, tous frais payés. M. Rogers a accepté et s’est livré à des activités qui lui ont valu d’être accusé d’espionnage aux Etats-Unis et ont levé un peu plus le voile sur les stratagèmes employés par Pékin pour recruter des informateurs au sein des institutions gouvernementales américaines.


Informations sensibles.

Les procureurs accusent M. Rogers d’avoir transmis des informations sensibles à des agents chinois, qui se faisaient passer pour des étudiants et lui avaient proposé de prendre en charge ses frais de voyage en Chine. L’économiste américain a rencontré ses contacts chinois dans des chambres d’hôtel et il lui est arrivé de leur communiquer des rapports internes de la Fed, notamment des informations qui allaient servir au comité de politique monétaire de la Banque centrale (FOMC), chargé de définir les taux d’intérêt, selon l’acte d’accusation rendu public au mois de janvier 2025 qui accuse M. Rogers de conspiration en vue de commettre un acte d’espionnage économique.

Les agents du FBI l’ont arrêté en janvier et ont trouvé 50.000 dollars en espèces dans son appartement près de Washington. Son épouse a alors déclaré que cette somme lui appartenait. M. Rogers, qui a quitte la Fed en 2021, a rejeté toutes les accusations portées à son encontre, y compris celle d’avoir délibérément apporté son aide à Pékin. Les personnes de son entourage au courant de son rôle au sein de la Fed estiment que son utilité pour la Chine aurait pu être limitée, car il n’était pas informé des décisions qui allaient être prises au plus haut niveau.

Un avocat de M. Rogers affirme que le gouvernement manquait de contexte et de preuves pertinentes qui pourraient étayer ces allégations d’irrégularité. Par exemple, M. Rogers ne parle pas chinois. L’acte d’accusation « présente une version simpliste, partiale et biaisée des événements », selon l’avocat. Il ajoute que la défense de M. Rogers réfutera de manière détaillée ces accusations devant le Tribunal, et qu’il sera facile de prouver l’innocence de M. Rogers.


Cible logique.

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