Chères erreurs : 40 chroniques pour transformer les boulettes en pépites.
LITTÉRATURE
La peur des erreurs freine l'initiative, la prise de risque et l'innovation. Pourtant, elles sont inéluctables. Alors, plutôt que de chercher à éviter ou à cacher nos erreurs, Cécile Gevrey-Guinnebault nous invite à les accueillir avec curiosité et bienveillance afin de les transformer en pépites. Cécile Gevrey-Guinnebault est entrepreneure, coach professionnelle et superviseure de coachs. Sa méthode, inspirée de l’approche systémique et stratégique de Palo Alto et développée depuis 30 ans auprès d’organisations du monde entier, puise, dans les difficultés et les erreurs, des ressources pour développer de nouvelles capacités d’apprentissage.
En France, tout le monde reconnaît maintenant qu’il est formateur de commettre des erreurs et d'en tirer parti. Dans toutes les conférences, on nous explique qu’une faillite, ce n’est pas grave, car on a appris des choses. Idem pour un échec professionnel… Certes, c’est ce que tout le monde dit, toutefois, dès que l’on voit quelqu’un qui a fait une erreur, on ne lui pardonne rien… Cécile Gevrey-Guinnebault reconnaît que « la culture française est très ambivalente sur ce sujet. Déjà, il y a une confusion entre l’erreur et la faute. Il y a une sorte de jugement moral porté sur l’erreur. Il y a aussi une confusion entre l’erreur et l’échec, alors que ce n’est pas du tout la même chose. Une erreur, c’est quand on se trompe dans une perception, dans une décision ou dans un mode de raisonnement, mais ce n’est pas pour autant un échec. La faillite d’une entreprise, cela peut être un échec momentané, mais cela peut aussi être une étape vers un parcours plus large. Une erreur ne mène pas nécessairement à un échec. Le plus court chemin vers l’échec, c’est de refuser de regarder ses erreurs en face. »
Alors prenons deux exemples. Si je monte une entreprise et si mon produit ne se vend pas parce que j’ai mis un packaging rouge plutôt que bleu, c’est une erreur et on peut la corriger. L’échec, c’est de créer un restaurant savoyard en Martinique, par exemple : « J’aime beaucoup vos deux idées qui sont très imagées. Sur le packaging, si vous vous rendez rapidement compte que les retours ne sont pas très concluants, cela reste effectivement une erreur et vous avez la possibilité de la corriger, même si cela va coûter davantage d’argent. Votre erreur vous aura coûté quelque chose, mais elle vous aura aussi rapporté quelque chose. Repérer une erreur à temps permet d’éviter un échec. Sur votre idée de restaurant savoyard en Martinique, évidemment, on n’imagine pas manger une raclette quand il fait 30 degrés ! C’est une erreur d’appréciation, effectivement, mais l’échec vient dans le refus de prendre en compte les signaux qui laissent penser qu’il y a quand même quelque chose qui cloche. Si je vais jusqu’à brûler mes chaises et mes tables pour poursuivre mon entreprise, alors que tous les signaux me disent que c’est une erreur, ce sera un échec financier, économique et entrepreneurial. »
Souvent, lorsque l'on a le nez sur le guidon, il devient difficile de discerner toute réalité… En effet, « cela demande de l’entraînement et un effort de retour sur soi. On n’apprend pas cela à l’école. Dès qu’il y a quelque chose qui ne se passe pas comme prévu, il y a probablement, dans la méthode ou dans le raisonnement, quelque chose sur lequel on s’est trompé. Il faut prendre l’habitude de réfléchir pour comprendre pourquoi les choses ne se sont pas passées comme prévu. Cette habitude peut se prendre avec les plus petites erreurs du quotidien, notamment quand on est en interaction avec les autres. L’une des plus puissantes barrières, c’est la peur du jugement des autres et c’est normal. Donc, on va avoir tendance à nier ses erreurs, à ne pas les voir, ou à espérer que les autres ne les voient pas. Quand on prend l’habitude de regarder ses erreurs en face, même si ce n’est pas un exercice confortable, cela devient presque une routine de fonctionnement. »
Alors, comment faire la balance entre écouter les bons conseils des autres sans être celui qui devient influençable dès que le premier venu formule une remarque ? Cécile Gevrey-Guinnebault nous livre son analyse : « Je ne suis pas une fanatique des bons conseils des gens extérieurs. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. En revanche, ce que l’on doit écouter, ce sont les murs que l’on a pris en face. Parfois, les conséquences sont catastrophiques, mais ce sont des leçons vraiment précieuses. Ce ne sont pas les conseils des autres qu’il faut écouter, mais l’enseignement de ses expériences. Avoir raison trop tôt, ou avoir raison au mauvais moment, c’est avoir tort. Le bon moment joue beaucoup dans le succès ou dans l’échec d’une idée ou d’une innovation. Je rappelle, comme vous l’avez dit, le fait que la tolérance à l’erreur est extrêmement faible dans notre culture, que ce soit de la part des salariés, des banquiers ou des actionnaires. Toutes ces attentes sont parfaitement légitimes. Mais dans des logiques de financement, plus les attentes sont des attentes de perfection ou de performance dès le premier coup, plus cela met une pression qui pousse à faire des erreurs et à ne pas les traiter au bon moment. »
Elle évoque la tolérance à l’erreur. Or, les financiers et les assureurs de Christophe Colomb et de Magellan n’avaient pas une tolérance à l’erreur, c’était plutôt l’inverse... Ils avaient seulement l’espoir d’une réussite : « Effectivement, les grandes découvertes résultent souvent d'erreurs, comme la découverte de l’Amérique. Plus récemment, la pénicilline est une erreur, le Post-it une erreur, tout comme la tarte Tatin… J’ai travaillé toute ma vie avec des gens qui ont fait des études brillantes et, face à eux, j’ai vraiment mis le paquet sur l’apprentissage et surtout sur l’apprentissage de mes erreurs. C’est ce qui a développé mon réflexe visant à tirer le maximum de mes erreurs. Dans tous les compartiments de la vie, y compris la vie amoureuse ou familiale, le fait d’autoriser l’autre à faire des erreurs est une démarche extrêmement saine. Mais cela demande des efforts. Il y a suffisamment d’injonctions dans tous les sens et, pour éviter la catastrophe, on doit aussi se donner le droit à l’erreur. »
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