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Marchés financiers : en 2025, les investisseurs oscillent entre prudence stratégique et paris ciblés.
ANALYSE
✍️ Par Yannick URRIEN
Après une année 2024 marquée par un fort appétit pour le risque, les investisseurs particuliers abordent 2025 avec une approche nettement plus mesurée. Le durcissement de l’environnement macroéconomique, conjugué à des tensions commerciales croissantes et à des incertitudes sur les politiques monétaires, a modifié en profondeur la structure des portefeuilles. La priorité va désormais à la protection du capital, même si certains segments du marché continuent d’attirer les adeptes d’une prise de risque ciblée.
« Le contexte actuel impose aux investisseurs d’adopter une posture hybride, entre préservation et anticipation. La volatilité est là pour durer, mais elle crée aussi des points d’entrée intéressants sur certaines classes d’actifs », explique Thomas Jaquet, Responsable France chez Freedom24. Face aux craintes de récession et à la montée des droits de douane, les flux d’investissement se réorientent vers des instruments jugés plus résilients. Les ETF indiciels larges, comme le SPY, ainsi que les actions à dividendes stables, gagnent du terrain. En parallèle, le désengagement progressif des valeurs spéculatives, notamment les petites capitalisations et certaines crypto-monnaies, reflète une volonté de réduire l’exposition aux actifs les plus sensibles aux chocs externes.
Les investisseurs demeurent toutefois attentifs aux opportunités de diversification dans un environnement inflationniste. L’intérêt pour le bitcoin, porté par la récente approbation d’ETF spot et une dynamique réglementaire plus favorable, en est un symptôme. Le segment des technologies liées à l’intelligence artificielle, bien qu’à des niveaux de valorisation élevés, conserve également son attractivité. L’évolution du S&P 500 d’ici la fin 2025 dépendra largement des tensions commerciales et des réponses macroéconomiques associées. Les prévisions s’étendent dans une fourchette large, de 4 100 à 7 000 points, avec une médiane à 6 095. L’indice reste sous pression depuis l’annonce des hausses tarifaires, les investisseurs anticipant un impact négatif sur les marges et les chaînes d’approvisionnement.
Toutefois, selon Thomas Jaquet, un assouplissement surprise des droits de douane ou une inflexion de la Fed en matière de taux pourraient créer un rebond technique de fin d’année. « Un scénario de revirement, à visée électorale, pourrait redessiner les perspectives : une levée partielle des barrières commerciales et une détente monétaire redonneraient de l’élan aux marchés. » Les valorisations tendues dans la tech, notamment pour les entreprises très exposées à l’IA, appellent à la vigilance. Avec des ratios cours/bénéfice supérieurs à 30 dans certains cas, ces titres pourraient subir une correction de 5 à 10 % si les résultats ne confirment pas les attentes. En revanche, les entreprises disposant de positions dominantes et d’une capacité d’innovation continue, à l’image de Nvidia ou Microsoft, devraient mieux résister à un environnement adverse.
À l’opposé, les secteurs défensifs apparaissent sous-valorisés. Les biens de consommation de base et la santé affichent des multiples plus raisonnables (18-20 pour les premiers, 17-19 pour les seconds) et bénéficient d’une demande structurellement stable. Dans un contexte inflationniste, leur capacité à répercuter les hausses de coûts pourrait restaurer leur attractivité auprès des investisseurs. L’immobilier, en particulier les sociétés foncières disposant d’actifs tangibles et d’un endettement maîtrisé, commence également à retrouver de l’intérêt, en tant que valeur de rendement à moyen terme.
Le bitcoin, toujours perçu comme une couverture contre les incertitudes monétaires et géopolitiques, reste sous tension. Bien que sa volatilité puisse freiner les prises de position à court terme, les fondamentaux structurels (halving, institutionnalisation, soutien réglementaire) restent orientés favorablement. Une stabilisation dans la zone des 55 000 à 70 000 dollars est probable en l’absence de catalyseurs clairs, mais une percée haussière demeure envisageable si le climat macroéconomique s’éclaircit.