Mademoiselle Spencer.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Dans « Mademoiselle Spencer », son 25ᵉ livre, Christine Orban devient la princesse et signe un journal intime rédigé à la première personne. Presque trente ans après sa mort, l’icône continue de fasciner. Christine Orban imagine une Diana guidée par le besoin d’amour et de vérité, et dresse le portrait de la femme qu’elle aurait pu être aujourd’hui. 

Christine Orban explique sa démarche : « C’est un rendez-vous, comme si elle m’avait choisie. Je l’ai choisie aussi et c’est un face-à-face entre elle et moi. Un jour, je suis allée voir « Mademoiselle Else » au théâtre et j’ai eu l’idée d’écrire « Mademoiselle Spencer » parce qu’elle a le destin d’une héroïne de roman. C’est comme l’héroïne de Schnitzler, la main du destin s’est abattue sur elle. Quand on regarde sa vie, on comprend qu’elle ne pouvait plus en sortir. Toutes les décisions qu’elle prend l'amènent droit dans le mur. J’ai déjà été fascinée par Marie-Antoinette, une femme qui avait la main du destin sur elle, et par toutes ces héroïnes qui sont mortes jeunes. J’ai besoin de continuer leur vie, comme s’il s’agissait de rétablir une justice. J’ai besoin de continuer à montrer cette vérité qu’elle voulait exposer, notamment en allant sur le plateau de la BBC. Diana ne supportait pas de vivre dans le mensonge, notamment à travers ces photos de cartes postales. Elle a voulu dire sa vérité en donnant un grand coup de pied dans tout ce qui était établi. » 

La romancière fait un parallèle avec Marie-Antoinette en rappelant cette citation, finalement fausse, qui lui avait été attribuée sur le fait que ceux qui n’ont plus de pain peuvent toujours manger de la brioche : « Évidemment, c’était faux. J’ai travaillé sur Marie-Antoinette et, malheureusement, cette rumeur a sûrement précipité la haine à son égard. Diana a également été victime de rumeurs. Par exemple, on a dit qu’elle avait manipulé la presse. En étudiant ce dossier, j’ai découvert que comme c’était un mariage arrangé et comme le prince Charles ne l’aimait pas, elle s’est tournée naturellement vers le public et la presse, parce que c’est là où elle recevait de l’amour. Elle a très vite fait de l’ombre à Charles et a évidemment augmenté sa jalousie et son agacement. » 

Finalement, il y a peut-être plus de points communs entre Marie-Antoinette et Diana qu’avec le personnage de « Mademoiselle Else ». Cependant, pour Christine Orban, « Diana est un personnage de roman et les deux fins se ressemblent, puisque les deux femmes terminent par un strip-tease : « Mademoiselle Else » va finir sa vie à cause d’un strip-tease de son corps, pour obtenir de l’argent pour son père, et Diana se livre à un strip-tease de son âme. La mort de sa vie maritale, c’est cette interview à la BBC et c’est aussi la mort de sa vie sociale. Elle se déshabille littéralement. Elle dit sa vérité et, comme disait Victor Hugo, la vérité, c’est comme le soleil : elle brûle lorsque l’on s’en approche de trop près. Elle montre tout ce que la bienséance d’une famille royale cache, c’est-à-dire qu’elle a un amant qu’elle adore, qu’elle pense que Charles n’est pas capable d’être roi... C’est la vengeance à l’état pur. C’est émouvant, parce que c’est presque la vérité d’un enfant qui veut dire les choses. Diana avait plus envie d’être aimée que d’être reine. » 

Nous lui avons demandé si son livre pouvait être présenté comme un roman : « C’est un roman vrai. On peut dire, comme Marguerite Yourcenar après avoir écrit « Mémoires d’Hadrien », que tout est roman. Quand on écrit sur un personnage du XVIIe siècle, comme je l’ai fait pour la sœur de Blaise Pascal ou sur Marie-Antoinette, on ne sait jamais. Les historiens sont très à cheval sur les dates, mais j’aime bien l’histoire et l’intuition, et l'on va plus loin que les froids documents. J’ai les froids documents, à savoir les quelques faits que je relate, et qui sont extrêmement cruels, et je les mets en scène avec tout ce que Diana a dit et écrit. Donc, c’est une mise en scène très proche de la réalité. Parfois, je n’ai pas réécrit certaines phrases et j’ai volontairement gardé leurs charmantes maladresses : par exemple, lorsqu'elle dit au prince qu’elle l’a vu à la télévision lors des funérailles de son oncle Lord Mountbatten et qu’elle l’a trouvé seul. Tout cela est tellement naïf qu’il en est désarmé et, peut-être à ce moment-là, ému et charmé. » 

Il y a les méchantes langues qui disent qu’elle en a quand même bien profité. Elle se pose la question : « Je vais épouser un homme tout en sachant qu’il en aime une autre. Est-ce que je vais passer pour une carriériste ou une calculatrice ? » Christine Orban explique qu’elle s’est vraiment posé cette question et elle a voulu partir quand elle s’est aperçue que Charles avait offert un bracelet à Camilla la veille de son mariage : « Sa sœur lui avait conseillé de fuir. Mais Diana avait d’abord refusé. La veille du mariage, Diana voulait partir. Mais sa sœur, Sarah, lui a dit que c’était déjà trop tard… Elle écrit un peu plus tard, c’est du moins ce que je lui fais dire : « J’ai vu mon malheur de vivre sans amour. Je me suis vue mourir de solitude, je me suis vue jouer un rôle qui n’était pas le mien, je me suis vue cherchant un homme qui m’aime, je me suis vue cherchant la mort vite, en bateau ou en voiture. J’ai vu le malheur dans un rêve et je l’ai accepté parce que ma vie sur scène avait déjà commencé. La salle était pleine, je ne pouvais pas interrompre le spectacle. J’ai accepté mon malheur parce que mon visage était imprimé sur des mugs. » C’est évidemment la réalité. » Elle sait tout cela depuis des mois. Malgré tout, lorsqu'elle entend Charles murmurer au téléphone dans une pièce voisine, elle devine qu’il parle avec Camilla et elle est tétanisée : « Il est normal qu’il ait eu une vie avant elle et il est normal qu’il mette de l’ordre avant le mariage. Elle ne peut pas imaginer que cela va continuer. Elle est jeune, elle est belle, elle ne peut pas imaginer la suite. Elle pense que c’est un conte de fées. Elle est amoureuse de lui et elle ne peut pas imaginer que Charles aura autant de mal à laisser de côté son ancien amour. » 

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