Déwox : 21 réflexions pour se détoxifier du wokisme.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Lena Rey habite à Genève et elle a travaillé pour de nombreux médias suisses. Cette jeune femme a décidé de partir en guerre contre le wokisme. Pourtant, elle aurait pu profiter de cette mode puisqu’elle est elle-même métisse. Son livre est courageux, drôle et empreint de bon sens, avec un titre évocateur : « Déwox ». D’abord, elle se présente comme une journaliste défroquée : « Pour moi, un journaliste défroqué, c’est un journaliste qui a perdu la foi en sa profession et c’est pour cela que j’ose m’approprier cette expression. Normalement, on l’utilise pour parler des prêtres, mais j’ai l’impression que les journalistes d’aujourd’hui sont parfois des nouveaux prêtres. Si le journaliste a perdu la foi, on va dire de lui que c’est un hérétique et c’est la raison pour laquelle je me suis éloignée des médias. » Elle dénonce ses anciens confrères qui ne manquent aucune occasion pour imposer des leçons : « Il ne faut pas être donneur de leçons, ou il faut au moins reconnaître qu’on est un donneur de leçons. Il est impossible d’être neutre dans la transmission des informations. Nous avons tous des biais, donc cela se ressent dans les écrits des journalistes. Sinon, ils doivent travailler dans des médias clairement identifiés, que ce soient des médias de droite ou de gauche. À partir du moment où le journal a une étiquette, on peut exprimer ses opinions. Sinon, le journaliste ne doit pas être un prêtre, il doit juste transmettre les informations. » 

Revenons avec Lena Rey sur le sujet de son ouvrage. Il est parfois compliqué d’avoir une définition claire du wokisme : « Il est difficile de coller une définition à ce terme, car il est devenu assez fourre-tout. Il y a des gens qui se revendiquent woke, mais ils ont beaucoup de mal à expliquer ce que cela signifie, car c’est une hydre qui a tellement de têtes qu’elle n’en reconnaît plus certaines. Tout a grossi au fil du temps. Nous sommes tous d’accord pour dire que c’est quelque chose qui est né aux États-Unis. Au départ, il s’agissait de dénoncer les inégalités raciales car, c’est vrai, il y a eu des discriminations. Mais cela aurait dû rester cantonné là-bas. Malheureusement, on a tendance à reprendre tout ce qui vient des États-Unis et on a commencé à voir apparaître cette vague dénonçant le racisme systémique. Après, on en est arrivé à dénoncer des injustices partout et toutes les minorités ont commencé à s’agiter en s’érigeant en victimes. Le wokisme, c’est cette quête d’une prétendue justice sociale et l’on veut créer des inégalités pour en réparer d’autres. » 

Or, lorsque l'on génère des inégalités, on en suscite de nouvelles et c’est sans fin : « D’ailleurs, je suis une femme racisée, comme ils aiment à le dire, mais je ne me reconnais pas du tout dans un terme aussi absurde. Je suis une femme métisse et je me suis dit que cela me permettait de dire plus de choses sur le wokisme que si j’étais un homme blanc hétéro de plus de cinquante ans. Finalement, en bénéficiant de cette forme d’immunité, puisque je suis censée être dans les victimes - terme que je refuse - j’essaie de dire les choses haut et fort. Il faut arrêter de se déclarer la guerre. Je suis pour la paix et la réconciliation, donc il faut arrêter de dénoncer toutes ces prétendues injustices. C’est ma manière de contribuer au débat. » 

Nous l'interrogeons sur ce qui caractérise les wokistes et Lena Rey évoque évidemment l’intolérance : « Il n’y a pas plus raciste qu’un antiraciste car, en voulant mettre absolument des gens dans des cases, en leur collant des étiquettes, ils réduisent une personne à sa couleur de peau, son sexe ou son orientation sexuelle. Les gens sont bienveillants dans leur immense majorité et on a voulu créer des problèmes là où il n’y en avait pas. Ce statut de victime permet aussi à certains d’obtenir des privilèges qu’ils n’auraient pas autrement. Cela leur donne aussi une raison de vivre en se disant qu’ils vont se battre parce que le monde est vraiment injuste. Cela leur donne l’impression d’exister pour une cause. » 

Elle évoque aussi un degré d’inconscience extraordinaire : « J’ai pu voir sur les réseaux sociaux des vidéos de personnes qui se disent non binaires et qui déclarent : « Je viens de découvrir le Coran, c’est magnifique, cela me donne envie de me convertir… » Ces gens vivent dans un fantasme en regardant le monde à travers un prisme complètement biaisé. Ils sont dans le refus de s’ancrer dans le monde réel et c’est peut-être aussi une manière de fuir un monde qui fait peur, ou des responsabilités quand on devient adulte. Cela peut être rassurant de se réfugier dans le wokisme. » 

Face à cela, il convient d'agir : « C’est un mot essentiel, parce que l’on a tendance à se sentir impuissant face à cette mode woke qui prend tout, notamment dans les administrations et le langage courant. Si l'on continue à subir, cela ne va pas changer. Il faut agir, chacun à son échelle, évoquer ces sujets difficiles, car cela peut changer beaucoup de choses. » Il y a aussi la question du féminisme : « On est dans un féminisme qui est devenu fou, qui ne défend absolument plus les femmes, notamment en effaçant les femmes. Les générations d’aujourd’hui doivent se rendre compte que le néo-féminisme ne fait pas de bien, tout comme la montée du masculinisme. Nous sommes tous en train de partir dans des camps qui n’arrivent plus à se rejoindre et à se parler. Une femme qui dit qu’elle n’est pas pour le féminisme est très rapidement mise de côté, insultée et mal vue. Il faut sortir de cette caricature. Le féminisme devient tellement fou qu’il en arrive à pousser les femmes à vendre leur corps, parce que ce serait leur choix, leur liberté, et l'on incite des jeunes filles à aller sur des plates-formes où elles utilisent leurs charmes comme un pouvoir pour se faire de l’argent. Cela existe depuis toujours, certes, mais je ne vois pas du tout où est l’émancipation de la femme là-dedans. » 

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