Oumar l'Africain.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Le livre que nous évoquons cette semaine a été un coup de cœur de Rachida Dati, ministre de la Culture, au point qu’elle a accepté de la préfacer. Oumar l’Africain est le titre de la dernière fiction de l’avocat Claude Rodhain, qui a publié plus d'une douzaine de romans. Pendant plus de vingt ans, l'auteur a travaillé bénévolement dans une association de soutien à l'enfance, où il a rencontré de nombreux jeunes en difficulté. Cette expérience lui a inspiré l'histoire d'Oumar l'Africain. Au Sénégal, Oumar mène une existence difficile dans son village et il souhaite aller chercher refuge en Europe. Un jour, il trouve enfin le courage de partir. Il traverse le Sénégal à pied, il parvient à se faire embaucher sur un navire en route pour le Maroc et il atteint finalement la France. À Paris, sans papiers, il fait face à la misère, à la violence et aux dangers de la rue. Mais il rencontre un ancien prêtre qui lui apprend à transformer la haine en fraternité et l'indifférence en sollicitude. Grâce à la lecture et à l'éducation, il obtient son baccalauréat.  

Claude Rodhain reconnaît que l’on y retrouve un peu l’esprit de son précédent livre « Le temps des orphelins » : « C’est quelque chose que j’ai d’ailleurs souligné à plusieurs reprises. Il y a un parallèle entre l’itinéraire fabuleux de ce jeune homme, Oumar, et ma propre vie. D’ailleurs, Rachida Dati, qui a préfacé ce roman, a également connu un trajet un peu similaire. Elle était l’aînée d’une fratrie de dix enfants et cela n’a pas été toujours simple. Donc, ce ne sont pas des vies identiques, mais un peu parallèles. C’est l’expérience que j’ai eue dans une association caritative d’aide à l’enfance qui m’a amené à écrire Oumar l’Africain, c’est vrai, mais c’est quand même ma propre vie qui m’a inspiré. J’ai traversé la France à pied à l’âge de douze ans, mais Oumar a traversé la Casamance, la Mauritanie, l’Espagne, pour arriver en France. Il n’avait pas de papiers et il a été confronté à la misère et la violence. Il a même été battu et séquestré par des dealers qui voulaient en faire un chauffeur. Il a eu une vie chaotique quand il est arrivé en France. » 

L’ouvrage contient évidemment un message : « Le but du livre, c’est un message d’espoir. C’est une leçon de méritocratie. On va se rendre compte que cet homme qui arrive, en étant démuni de tout, finit par accéder à des fonctions supérieures. C’est un peu comme moi. Il a voulu monter sur les plus hautes branches pour éviter les prédateurs. Quand on est seul, on est toujours inquiet et sur le qui-vive, alors les animaux montent sur les plus hautes branches pour échapper aux prédateurs. Franchir les échelles sociales, c’est aussi pour cela. Personnellement, j’avais un autre mobile, convaincre ma mère. Plus je passais des diplômes, plus j’avais le sentiment de lui faire des pieds de nez en lui disant : « Regarde le fils que tu aurais pu avoir ». C’était aussi mon message. »  

Oumar est débrouillard. Il arrive à entrer en contact avec un parlementaire à qui il amène des infos. Il infiltre même le milieu du banditisme. Claude Rodhain note : « Le député vient à lui parce que c’est un beau garçon, il est séduisant. Le député a quelques penchants homosexuels et ceci explique cela. Ce qui est essentiel, c’est sa rencontre avec un prêtre, qui est un humaniste remarquable. Oumar est analphabète et le père lui donne comme référent un agrégé de philosophie qui va éclairer ses connaissances et sa vie. Le père lui dit qu’il est là pour réformer les mentalités et transformer les profanes en travailleurs capables de s’insérer dans la vie active. Il lui dit même : « Chez nous, tu ne trouveras pas de rap ». Pour le prêtre, la décadence, c’est le passage du monde sacré au monde profane. Ce garçon a un grand potentiel et le prêtre s’en rend compte. Il va réussir, car il va, non seulement passer son bac par correspondance, comme cela se faisait, mais il se retrouve ensuite à Assas. Il est terriblement ouvert à la connaissance. Il va devenir avocat et il va même gagner la conférence de l’éloquence en se référant à Confucius.

Il a une phrase que je trouve merveilleuse : « Notre plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de savoir nous relever chaque fois que nous tombons ». C’est aussi un amoureux de la vie. Il y a quelques expériences amoureuses, qui ne sont pas très fructueuses. D’abord, parce qu’il est vierge. Donc, en arrivant en France, il n’a pas connu l’amour, il ne sait pas se comporter avec une fille. Chaque fois qu’il rencontre une jeune fille, il se débrouille très mal. Ce qui lui importe, c’est de se mettre à l’abri des prédateurs et d’arriver à se former. Le prêtre lui apprend à convertir sa haine en humanisme. Au départ, il était violent et capable d’entrer en mode folie à la moindre provocation, mais le prêtre lui apprend à convertir tout cela en sollicitude et en humanisme. Il se conduit ensuite en un homme plein de bonté et de générosité. Finalement, quand le prêtre disparaît, c’est lui qui le remplace à la tête de l’institution. » 

Certains lecteurs vont découvrir ce livre à travers le prisme de l'immigration, d’autres vont se dire que cette histoire est un prétexte pour faire valoir le fait que lorsque l'on est désespéré, le meilleur ne peut qu’arriver. En conclusion, nous avons demandé son analyse à Claude Rodhain : « Il y a le mélange des deux. Il y a d’abord un message d’espoir. L’immigré n’est pas forcément la cause de tous les malheurs de la France, car il y a des immigrés qui ont parfaitement réussi leur parcours. La logistique n’est pas toujours derrière. Évidemment, on ne peut pas soigner tous les malheurs du monde. Peut-être qu’il aurait fallu créer des structures plus accueillantes pour avoir moins de soucis et moins de difficultés. Il faudrait aussi ne pas avoir les portes totalement grandes ouvertes… » 

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