Des pièces de puzzle qui s'emboitent

Trump relance les droits de douane : vers une rupture durable avec le libre-échange ?

ANALYSE

✍️ Par Yannick URRIEN

Le 2 avril, Donald Trump a annoncé un nouveau train de mesures tarifaires visant l’ensemble des importations américaines, provoquant un choc d’ampleur sur les marchés et une vive inquiétude des milieux économiques internationaux. Dans une note d’analyse publiée dans la foulée, Vincenzo Vedda, Chief Investment Officer chez DWS, estime que ces annonces marquent une étape supplémentaire dans la rupture avec l’ordre commercial multilatéral, et risquent d’installer durablement une ère de protectionnisme. 

Selon lui, les droits de douane envisagés sont bien plus élevés que ce que les observateurs anticipaient. Le taux effectif moyen appliqué aux importations américaines passerait, selon ses calculs, de 2,5 % à plus de 20 %, un bouleversement d’une ampleur inédite dans l’histoire commerciale récente des États-Unis. S’ils devaient être maintenus, l’impact sur la croissance serait significatif : la croissance du PIB américain pourrait être amputée de 60 points de base, tandis que l’inflation progresserait potentiellement de 1 point de pourcentage.

Les conséquences ne se limiteraient pas aux États-Unis. Les partenaires commerciaux majeurs seraient également pénalisés : la croissance nominale du PIB pourrait être réduite de 130 points de base en Chine, 60 au Japon, et 40 dans la zone euro, selon les estimations de DWS. Le Canada et le Mexique, pour l’heure épargnés par les mesures en vertu des accords commerciaux existants, pourraient eux aussi subir des répercussions si les droits venaient à s’étendre. En cas de relèvement tarifaire général de 10 %, l’impact sur le PIB serait de -150 points de base pour le Canada et -180 pour le Mexique.

Malgré ces effets attendus, les marges de manœuvre des partenaires des États-Unis apparaissent limitées. L’Union européenne pourrait entamer des négociations en premier recours, mais son excédent commercial vis-à-vis des États-Unis fragilise sa position. En cas d’échec, des mesures de rétorsion ne sont pas à exclure, notamment par des voies non tarifaires comme l’exclusion des entreprises américaines des marchés publics. 

Au-delà des chiffres, l’absence de logique économique derrière les hausses tarifaires complique toute perspective de sortie de crise. Pour Vincenzo Vedda, ces mesures relèvent d’une logique politique plus que commerciale, ce qui rend les négociations particulièrement complexes. « Une réduction des droits de douane existants ne peut même pas être envisagée comme une concession dans un échange rationnel », souligne-t-il. Et d’ajouter que les négociations à venir s’annoncent longues et incertaines, compte tenu du nombre d’acteurs concernés et du manque de clarté sur les objectifs réels poursuivis par l’administration américaine. 

L’environnement d’incertitude généré par ces annonces représente une menace directe pour l’investissement des entreprises. Face à l’imprévisibilité des décisions politiques, il devient presque impossible de se projeter à moyen ou long terme, ce qui freine les décisions d’investissement et accentue les tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Même une éventuelle désescalade rhétorique de la part de Washington ne suffirait pas, selon lui, à restaurer rapidement la confiance des marchés.

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