De Gaïa à l'IA.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Jean-Paul Oury est docteur en histoire des sciences, auteur de très nombreuses publications et de plusieurs ouvrages. Il publie un nouveau livre de la série « Greta vs Einstein » où il appelle à une révolte intellectuelle pour sauver la science de l'idéologie et préserver notre liberté de penser et d'innover. Il explique que, d'un côté, les idéologues de l'écologisme (l'écologie politique) nous promettent le retour à un état de nature idyllique : « Ce nouveau totalitarisme cherche à imposer la décroissance, et ses militants les plus extrêmes en appellent à la disparition de l'espèce humaine, considérée comme un cancer pour la planète. » Tandis que de l'autre côté, « une foi aveugle dans le tout technologique incarnée par le courant post-humaniste du transhumanisme pourrait bientôt façonner un monde tout aussi dangereux. Celui-ci serait contrôlé et surveillé par ceux qui maîtrisent les algorithmes. » 

Jean-Paul Oury nous explique que « c’est le troisième ouvrage d’une série qui a justement commencé avec Greta Thunberg. Je commence par évoquer la collapsologie, cette science de l’effondrement qui vient du malthusianisme et de tout ce qui prétend démontrer que le capitalisme mène à l’effondrement de la société. En face, il y a l’algorithmocratie, une société dans laquelle les algorithmes seraient rois et pourraient planifier le développement de l’humanité. Ce serait surtout le maître des algorithmes qui s’en chargerait. Tout le pari de l’ouvrage consiste à trouver le chemin intermédiaire entre ces deux mondes caricaturaux qui font un peu peur. Il faut trouver la voie pour une bonne politique scientifique. » 

Il semble difficile de se faire entendre, alors que le débat est dominé par ceux qui veulent nous ramener à l’âge de pierre, en nous donnant même des fiches pour nous inciter à ne pas laver trop souvent nos vêtements et, par ailleurs, Elon Musk qui rêve d’implanter des implants dans nos cerveaux : « Pour l’instant, Elon Musk ne veut ces implants que pour combattre des formes de paralysie et de handicap, il ne s’agit pas de programmer les humains. Ce qui me fait beaucoup plus peur, c’est le soft power du crédit social à la chinoise. C’est une réalité en Chine, où chaque individu a un certain nombre de points et, en fonction de son comportement, gagne ou perd des points. En Italie, une expérience a été menée en 2022, dans la ville de Bologne, sur ce fameux crédit social. On pourrait aussi imaginer d’autres expériences, comme l’euro numérique, où l’on pourrait contrôler les achats que vous allez faire. » 

Même dans nos démocraties, cette forme de crédit social semble exister. En France, les gens qui sont mal notés, des individus ou des associations, se voient fermer leur compte bancaire et ont beaucoup de mal à retrouver une banque. Et ceux qui gênent le pouvoir peuvent rencontrer des difficultés à faire renouveler leurs papiers, comme leur passeport, ce qui constitue un moyen de les empêcher de sortir du territoire, tels les dissidents de l’Union soviétique. Jean-Paul Oury explique que « la manière de contraindre les opposants politiques est de plus en plus insidieuse. On peut imaginer des sortes de tickets de rationnement virtuels, comme le crédit carbone, qui s’adapteraient en fonction de votre consommation, en bloquant certains achats si vous dépassez la limite initiale. » 

Il y a quelques semaines, le ministre de l’Économie, Éric Lombard, a déclaré que les entreprises doivent accepter d’être moins rentables, au nom de la transition écologique. L’auteur explique que « Monsieur Lombard est un collapsocrate, puisqu’il appelle les entreprises à produire moins. Je lui ai répondu dans Le Figaro en lui proposant d’aller au bout de son idée, à travers le revenu de décroissance assumée : concrètement, chaque mois, le décroissant assumé toucherait un salaire décroissant ! Tout cela pour montrer l’absurdité de cette idée de décroissance. La croissance, ce n’est pas forcément l’enrichissement capitalistique, comme on le caricature souvent. Cela peut être un village africain qui va s’équiper d’un barrage électrique pour sa consommation d’énergie. La croissance, c’est la France des années 70 qui se dote de centrales nucléaires pour assurer son autonomie énergétique. » 

Pourtant, on nous encourage à multiplier les initiatives dans le numérique, notamment avec l’intelligence artificielle, alors que c’est la technologie la plus consommatrice d’énergie. Jean-Paul Oury souligne que « c’est un vrai problème. Les principaux développeurs d’intelligence artificielle ont dit récemment qu’il fallait accélérer le nucléaire pour approvisionner les centres de données qui sont très énergivores. L’Internet des objets est présent à chaque étape de notre vie et les robots sont en train de prendre des décisions à notre place. On va trouver cela absurde à un moment donné. Je ne crois pas en la singularité, c’est-à-dire le moment où la machine va fusionner avec la conscience pour donner un être qui se libérerait de son créateur, c’est le rêve des transhumanistes. Ce qui me fait peur, c’est la concentration du pouvoir entre les mains de ceux qui maîtrisent la technologie de l’intelligence artificielle. Maintenant, il y a toujours des contre-pouvoirs qui arrivent. Elon Musk vient de créer Grok pour contrer ChatGPT, qui est trop wokiste. Musk propose maintenant une intelligence artificielle alternative. » 

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