Saint-Gobain : transformé, modifié, renouvelé… et verdi.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

L’action Saint-Gobain frôle les 90 euros, à environ 13 fois ses bénéfices estimés et attendus pour 2025. Il y a moins de trois ans de cela, le titre était aux alentours de 35 euros. Il y a à peine cinq ans, il était tombé à 16,408 euros. Que s’est-il passé pour constater une telle résurrection boursière ? Saint-Gobain a beau avoir été créée en 1665, c’est une entreprise agile, qui n’est plus du tout l’ancienne manufacture royale de glaces et de miroirs créée par Colbert.

Saint-Gobain, c’est l’Amérique !

Alors que l’Europe de l’Ouest représentait 58 % du CA avant transformation, l’Asie 24 % et l’Amérique du Nord 18 %, en 2023, l’Europe de l’Ouest a été réduite à 37 % du CA, l’Asie et les pays émergeants étaient montés à 31 % et l’Amérique du Nord à 32 %. Depuis, la tendance s’est encore accentuée. Le géant des matériaux de construction s’est développé à vive allure, se recentrant, abandonnant des affaires de distribution peu rentables pour se concentrer sur des matériaux de construction, surtout dans la chimie de la construction, beaucoup plus rentables, beaucoup plus intéressants. 360 ans après sa création, l’entreprise française emploie outre-Atlantique 18.000 salariés dans plus de 150 usines sur le territoire, il n’y a pas un seul Etat américain où Saint-Gobain n’ait pas une présence industrielle.

Les Etats-Unis sont aujourd’hui le pays le plus rentable dans la galaxie Saint-Gobain, et le groupe s’y développe rapidement, car c’est là que se trouve la croissance, beaucoup plus que dans une Europe de l’Ouest qui est à la limite de la récession. Il n’y a pas eu qu’une modification en ce qui concerne l’implantation géographique, il y a eu aussi, et cela a beaucoup joué, un changement considérable des mentalités à la direction de Saint-Gobain. Benoît Bazin, PDG de l’entreprise, n’est pas le seul homme qui prend des décisions. Les responsables de chaque région sont responsables de leur propre business, comme s’ils étaient à la tête d’une PME, et cela change tout. Le groupe est même allé jusqu’à nommer un directeur financier indien, Sreedhar Natarajan. Cela a été un choc culturel particulièrement magnifique, significatif qu’une nouvelle ère avait débuté.


Benoît Bazin : un révolutionnaire.

Saint-Gobain n’est pas une entreprise qui se brutalise, mais ceci dit, elle s’est révolutionnée sous l’égide de Benoît Bazin, qui est arrivé à la direction générale au printemps de 2018, remplaçant M. de Chalendar, qui lui-même avait remplacé Jean-Louis Beffa, qui avait succédé à Roger Fauroux… Peu de patrons, une lente digestion, c’était la pratique chez Saint-Gobain. La restructuration s’est faite de façon rapide, mais pas précipitée. Il y a eu la vente de Lapeyre, entreprise symbolique française, qui perdait de l’argent, pour sortir, Saint-Gobain a mis un chèque dans la poche du repreneur. Il y a eu également beaucoup de ventes d’affaires de distribution, souvent très bien, avec la plupart du temps un prix de cession supérieur au prix qui était dans les livres de Saint-Gobain, ce qui a redoré un peu le résultat.

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