Jungle en multinationale.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Jean-Jacques Dayries signe son premier roman. L’ouvrage est passionnant car, derrière la fiction, il raconte les coulisses de la vie d’une grande entreprise, les rapports de force entre les actionnaires, l’organisation de la succession et il décrit les multiples intervenants qui essayent de s’imposer pour prendre des commissions.

Jean-Jacques Dayries est ingénieur et gestionnaire financier, il a opéré en Europe, en Asie et aux États-Unis. Il a notamment été responsable des affaires en Asie du groupe Pechiney et a travaillé dans la banque d’investissement en Europe et aux États-Unis à la Compagnie de Suez et au Crédit Lyonnais, avant de créer AEW Europe dont il a été administrateur et directeur général. Cette société gère aujourd’hui 40 milliards d’euros d’actifs immobiliers à partir de dix filiales dans les principales capitales européennes.

Dans ce roman, il relate l’histoire d’une famille recomposée qui a de nombreux hôtels : « C’est un secteur que je connais bien pour y avoir été investisseur. J’aurais pu en choisir un autre, mais j’ai pensé qu’il était aussi intéressant pour les lecteurs de mieux connaître ce milieu. Nous avons tous été dans une chambre d’hôtel et l'on sait à quel point il est important d’être bien accueilli et d’être dans un endroit confortable. C’est une industrie qui n’est pas familière en tant qu’industrie, mais nous en sommes pourtant tous familiers. »

Le choix de ce contexte s’explique aussi par le fait que « l’industrie de l’hôtellerie est très intensive en capital. Ce sont des actifs qui ont comme support l’immobilier. Et l’immobilier coûte toujours cher. Dans la gestion d’une société, l’allocation en capital doit être faite avec beaucoup de précautions. Je pensais que c’était donc aussi utile pour les lecteurs. Mon attention était de faire partager la vie réelle d’une entreprise et j’ai estimé que ce secteur pouvait être plus intéressant qu’un autre. »

Premier enseignement : « Notre vision de l’entreprise est souvent réduite à notre environnement de travail, alors qu’il y a de nombreux aspects, notamment sur l’actionnariat et la succession, qu’un simple individu ne peut pas connaître. Dans le livre, on partage les joies et les soucis d’entrepreneurs familiaux qui ont réussi, qui doivent proprement gérer leur patrimoine, en essayant de le développer, et qui doivent porter beaucoup d’attention à leur succession, puisque la vie est malheureusement assez courte. »

On entend souvent dire que la première génération crée et que la deuxième entretient le patrimoine, tandis que la troisième génération le saborde. Toutefois, Jean-Jacques Dayries souligne que « cela ne se vérifie pas toujours. » En effet, « il y a des chaînes de succession qui fonctionnent bien, par exemple au sein du groupe Seb Tefal Calor où cela fait quatre générations de dirigeants qui sont tous issus de la sphère familiale. Mais cela ne marche pas à tous les coups. Dans le livre, je décris cette première génération qui a du génie, qui fait les bons choix, avec un comportement parfois un peu cow-boy. Ensuite, la deuxième génération, c’est le président actuel. Il hérite d’un patrimoine qu’il doit préserver, c’est une génération relativement prudente. Après, il y a une incertitude autour de la troisième génération. Elle est nombreuse, elle est écartelée, elle est multinationale et elle doit reprendre le manche sans faire de bêtises. C’est quelque chose qui existe dans toutes les entreprises familiales. Il est difficile de gérer des managers extérieurs, parce qu’ils doivent adhérer à des valeurs familiales. Or ce n’est pas toujours le cas. C’est une trame romanesque, mais le lecteur peut comprendre que les capitalistes ne sont pas tous mauvais et que c’est toujours difficile et risqué. Les propriétaires familiaux d’une entreprise multinationale sont confrontés à des difficultés qui sont réelles. Maintenant, si la fiscalité sur les transmissions est lourde, il est plus compliqué d’organiser une transmission. Cependant, en France, il y a eu de grands progrès avec ce que l’on appelle le pacte Dutreil qui défiscalise la transmission dans les entreprises. »

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