''Mémoires'' : l'hommage de l'éditeur de Jean-Marie Le Pen
LITTÉRATURE
Guillaume de Thieulloy dirige les Éditions Muller. En 2018, il a édité les deux tomes des Mémoires de Jean-Marie Le Pen. Il était opportun, cette semaine, de le contacter pour évoquer ces ouvrages. Guillaume de Thieulloy raconte comment les faits se sont déroulés : « Cela faisait plusieurs années qu’il était question des mémoires de Jean-Marie Le Pen, mais il y a eu beaucoup de tentatives infructueuses avec des grandes maisons d’édition de la place de Paris. Et c’est tombé sur moi un peu par hasard. Par ailleurs, en tant qu’éditeur, je dois dire que c’est l’un des livres sur lesquels j’ai le moins travaillé, puisque le groupe Hachette, qui était le distributeur, a fait l’essentiel du travail. Je ne prétends pas du tout jouer dans la cour des grands. »
Jean-Marie Le Pen avait contacté Guillaume de Thieulloy car tous les éditeurs parisiens avaient refusé son livre : « Pour être franc, j’ai été très surpris qu’il ne puisse pas trouver un grand éditeur. Pour moi, c’est très révélateur de l’effondrement de la liberté d’expression de notre pays. Ce n’était plus un sujet politique, c’était plutôt un sujet historique. D’ailleurs, il n’était plus en fonction au Rassemblement national. Donc, l’intérêt était plutôt historique. J’ai été très surpris qu’aucune grande maison n’accepte d’éditer Jean-Marie Le Pen et j’ai même assisté à des scènes complètement rocambolesques, extrêmement révélatrices de la grisaille de la pensée. Ce n’est pas une question d’idéologie. Il faisait partie des personnes politiques de sa génération les plus importantes. On peut être en désaccord avec lui, peu importe, mais il faut bien reconnaître que son témoignage peut être intéressant. De mémoire, chez une grande maison comme Albin Michel, qui est plutôt en faveur de la liberté d’expression, si mes renseignements sont bons, Amélie Nothomb, qui réalise plusieurs dizaines de milliers de ventes chaque année, a mis en balance son départ. Et, évidemment, Albin Michel a renoncé à éditer Jean-Marie Le Pen. Cela ne me surprend pas du tout, car les livres politiques ne se vendent jamais autant que les livres littéraires, mais il était raisonnable de penser que les mémoires de Jean-Marie Le Pen se vendraient à plus de 50 000 exemplaires. Or, nous avons dépassé les 80 000 exemplaires. Certes, face à un auteur qui fait 200 000 exemplaires chaque année, je comprends qu' Albin Michel choisisse Amélie Nothomb. Cependant, il est regrettable de ne plus accepter d’être à côté, sans cautionner. J’ai été édité chez Gallimard et il ne me serait pas venu à l’idée de refuser d’être à côté de Céline ou de Jean-Paul Sartre. »
Guillaume de Thieulloy a donc pris la décision d’éditer Jean-Marie Le Pen : « Cela ne m’a pas posé de problème, car mes auteurs écrivent sur l’histoire militaire et ce ne sont pas des gens qui ont eu peur d’être édités à côté de Jean-Marie Le Pen. Cependant, une société m’avait proposé de distribuer mes livres et, en observant qu’il y avait Jean-Marie Le Pen dans mon panel, ils m’ont dit : « On ne peut pas travailler avec l’éditeur de Jean-Marie Le Pen. » C’est très révélateur de l’effondrement de la liberté d’expression. Moi-même, je n’ai pas toujours été d’accord avec Jean-Marie Le Pen, ce n’est pas le sujet, mais c’est un homme intéressant et il n’est pas déshonorant d’être son éditeur. »
L’éditeur revient sur l’écriture de ces deux livres : « Il a retravaillé certains chapitres, notamment avec Lorrain de Saint-Affrique. Le premier tome était achevé depuis longtemps, alors que le deuxième tome a été fait pour l’essentiel après le premier livre. Il avait des notes, je l’ai vu entouré d’archives, notamment pour vérifier les dates, et il avait aussi beaucoup de souvenirs. J’ai souvent déjeuné avec lui et beaucoup de choses que j’avais entendues se sont retrouvées dans ce livre. J’ai appris pas mal d'éléments dans cet ouvrage, notamment sur ses débuts, sur sa vie de jeune député, sur le mouvement Poujade, mais aussi sur la campagne de Tixier-Vignancour en 1965. Il raconte son enfance, qui a été assez rude. Il n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche. »
Enfin, Guillaume Thieulloy évoque le personnage : « Je garde deux images de cet homme. D’abord, son attachement indéfectible à la France. Il aimait passionnément la France et ce n’est pas si universel que cela dans la classe politique. Ensuite, c’était un homme assez courageux, y compris sur le plan physique. Il est assez rare de cumuler le courage intellectuel et le courage physique. J’admire beaucoup cet homme qui abandonne son mandat de député pour s’engager dans l’armée française, c’est quelque chose qui m’impressionne. Enfin, sur ce qui s’est passé place de la République mardi 7 janvier au soir, je trouve consternant que les gens ne soient pas capables de respecter les morts. Je comprends très bien que l’on soit en désaccord avec lui sur de nombreux sujets, mais j'estime qu'il n’est pas correct d’insulter les morts. La gauche continue à déterrer les cadavres et à les juger. C’est insupportable. Ce flicage va jusqu’à lui faire porter des responsabilités tout à fait incongrues. On a dit que Jean-Marie Le Pen était la réincarnation du nazisme, mais c’est complètement idiot, car sur le plan politique il était du côté de la Résistance et pas du tout du côté de la collaboration. »
« Mémoires : Fils de la Nation » de Jean-Marie Le Pen est édité aux Éditions Muller.
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