Cessez de vous faire avoir. Occupez-vous de votre épargne !

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Économiste, Charles Gave est un des meilleurs spécialistes des marchés financiers. En 1999, il fonde Gavekal, société qui conseille aujourd'hui des centaines de clients institutionnels et privés dans le monde entier, avec des bureaux à Hong Kong, Pékin, New York, Londres et Paris. Président de l'Institut des Libertés, Charles Gave est probablement l'économiste le plus écouté de France et ses analyses sont suivies par des centaines de milliers de personnes, chaque semaine, sur les réseaux sociaux. Dans son nouvel ouvrage, il livre quelques clés pour sécuriser et optimiser son épargne, et ainsi devenir libre.

D’abord, il souligne que les Français sont ceux qui épargnent le plus au monde, mais qu’ils risquent de se retrouver très malheureux : « Je crains qu’il risque d’arriver des mauvaises choses dans les mois qui viennent à ceux qui ont de l’épargne et ce livre vise à les aider. Les Français épargnent presque d’instinct, parce que c’est un peuple sérieux. Mais une fois que l’on a fait ce constat, le système éducatif français ne vous explique en rien ce qu’il faut faire. Donc, les Français se retrouvent avec une épargne très abondante, mais ils ne savent pas comment épargner. C’est très étonnant. Il y a ce désir d’épargner, de préparer le futur, mais personne n’apporte la moindre information dans ce domaine. » Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il regrette l’absence de cours d’économie ou d’épargne au sein de l’Éducation nationale : « Il n’y a pas de cours sur ce que vous devriez faire de votre épargne, des outils qui existent, ou des risques qui sont inhérents. Par exemple, si vous allez voir votre banquier en lui disant que vous avez envie d’épargner, il va tout de suite essayer de mesurer votre analyse du risque et vous apprendrez que l’actif le moins dangereux ce sont les obligations françaises, alors que vous savez très bien que vous allez tout perdre ! Donc, je me demande s’ils se moquent du monde. Il faut apprendre, car il y a des outils pour épargner, mais les gens ne savent pas très bien les utiliser. J’essaie de montrer qu’il y a différents outils pour épargner et les gens s’en servent un peu au hasard. Pourtant, en travaillant intelligemment, on peut arriver à faire du 4 ou 5 % réel, avec une volatilité assez faible. Il faut aussi essayer de comprendre la façon dont on doit disposer les outils pour que votre épargne progresse gentiment. »

Le principal enseignement à retenir est que l’or est la seule monnaie et que le reste c’est du crédit : « C’est très important. Cela veut dire que l’or n’est au débit de personne. Les monnaies peuvent être aussi crédibles, quand elles sont bien gérées, comme en Suisse. La Banque Nationale Suisse doit être mal vue par les autres banques centrales, parce qu’elle gâche le métier puisqu’elle empêche les autres banques centrales de voler votre argent tranquillement. Dans votre épargne, vous devez avoir quelque chose qui restera quand vous aurez tout perdu : donc, c’est l’or. Par exemple, à Paris, pendant les périodes de guerre, ce qui restait au bout, c’était toujours l’or. Ensuite, puisque vous avez besoin de croissance, puisque votre épargne doit monter sur le long terme, la seule chose qui vous apporte de la croissance, ce sont les actions, puisque vous participez à l’investissement. Donc, si vous voulez une sécurité absolue et de la croissance, il faut avoir de l’or et des actions. Ensuite, si les monnaies ne sont pas trop mal gérées, vous avez des outils qui peuvent réduire la volatilité d’un portefeuille qui serait simplement en or et en actions, à travers l’argent et les obligations. Mais aujourd’hui, vous ne pouvez pas avoir de cash et d’obligations en France, puisque la monnaie est gérée n’importe comment. Donc, il faut peut-être avoir ce cash et ces obligations dans des pays qui sont gérés correctement. Il y a des outils qui permettent d’externaliser son épargne. Celui qui ne veut pas être dépendant des systèmes politiques, sur le long terme, ne doit avoir que de l’or et des actions. C’est très volatil, mais il y aura toujours quelque chose. »

Il préconise aussi de sécuriser son portefeuille avec, par exemple, des placements autour de l’énergie : « Bien entendu, je ne parle pas des moulins à vent et des miroirs magiques, mais des bonnes sociétés comme Exxon ou Total. Il faut s’orienter vers des sociétés qui font de l’énergie, mais de la vraie. On peut rajouter ainsi certaines thématiques. Si vous mettez quelques actions, des obligations, de l’or et du cash dans votre portefeuille, à hauteur de 25 % pour chaque part, vous pouvez arriver à du 4 % réel, c’est-à-dire trois fois la croissance française à l’heure actuelle, sans vraiment prendre de risques. » Il nous permet aussi de comprendre pourquoi les obligations françaises peuvent monter ou baisser : « Quand les taux d’intérêt montent, les obligations baissent. Donc, aujourd’hui, je ne m’attends pas à des taux d’intérêt qui vont baisser en France, compte tenu de la situation économique. Donc, acheter des obligations en ce moment, c’est presque acheter quelque chose qui va baisser. Ce n’est pas une bonne idée ! Quelqu’un qui a un portefeuille d’OAT français à dix ans a perdu 35 % de son pouvoir d’achat depuis 2022. C’est monstrueux ! Surtout que cela a été recommandé par toutes les banques comme un placement sans risques. » Tout cela, les médias n’en parlent pas… parce qu’il y a des ordres : « Il y a deux sortes de journalistes en France ; ceux qui sont honnêtes et ceux qui ont un travail. Il n’y a pas que des gens honnêtes intellectuellement dans la classe journalistique française. »

Charles Gave cite aussi Jean-Paul II qui avait dit : « La liberté, c'est de pouvoir et de vouloir faire ce que l’on doit faire… » : « D’abord, parce que c’est un grand homme et, ensuite, parce qu’il y a trois notions importantes dans la liberté. D’abord, le pouvoir, c’est-à-dire faire ce que vous voulez. Par exemple, élever vos enfants dans une école chrétienne. Il faut ensuite le vouloir, c’est-à-dire comprendre pourquoi c’est une bonne chose pour vos enfants. Enfin, vous devez le faire si l’école publique est devenue d’une qualité absolument effroyable. La liberté, ce n’est pas simplement faire ce que l’on veut. C’est d’abord faire ce que l’on peut, ce que l’on veut et ce que l’on doit faire. Le terme de devoir est essentiel. »

Enfin, il ne faut pas oublier la notion essentielle, le travail, puisque c’est ce qui nous permet d’épargner : « Richelieu avait dit que l’homme est un mulet qui se gâte au repos, donc qui s’abîme, et la liberté ne s’acquiert pas en vivant aux dépens des autres. Aujourd’hui, on a la liberté des esclaves qui se croient autorisés à se moquer de leurs maîtres quand les maîtres ne sont pas là. C’est une liberté de lâche. Ce n’est pas une liberté d’homme droit qui se tient debout. » Il insiste aussi sur le rôle des femmes dans la plupart des pays du monde, puisque ce sont elles qui s’occupent de l’épargne familiale : « Parce que ce sont elles qui ont les enfants et elles portent en elles le désir du long terme. Pendant des siècles, l’épargne de base, c’était d’avoir des enfants. Donc, s’occuper des enfants et s’occuper de l’épargne, c’était penser à l’hiver qui arrivait et que les enfants puissent passer l’hiver. Ce désir d’épargne est très ancré chez les femmes. »

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