Paul et Suzanne. L'histoire de la famille Dubrule-Mamet.
LITTÉRATURE
Jean-Philippe Bozek est coach, titulaire d’un Master en sciences de gestion de l’entrepreneuriat. Il a travaillé avec de nombreux entrepreneurs, dont Paul Dubrule et Gérard Pélisson, les créateurs du groupe Accor. C’est ce qui l’avait déjà amené à écrire un livre sur ces deux hommes : « Le bonheur d’entreprendre, de Novotel à Accor, une formidable aventure humaine ». Aujourd’hui, il publie deux autres ouvrages sur l’histoire familiale de Paul Dubrule, ce qui permet de comprendre que l’entrepreneuriat a toujours figuré dans les gènes de cette famille.
Jean-Philippe Bozek revient sur sa première rencontre avec les fondateurs du groupe Accor : « J’ai rencontré Paul Dubrule et Gérard Pélisson en 2007. Je terminais un travail de recherche sur les associations et je voulais mieux comprendre comment fonctionnait leur collaboration comme dirigeants d’entreprises. Tous ceux qui ont voyagé ont été marqués par leur photo, souvent derrière l’accueil, de tous les hôtels du groupe Accor. Nous nous sommes revus à plusieurs reprises et j’ai pu écrire un premier livre intitulé « Coacher les entrepreneurs. » Au fil de nos rencontres, j’ai compris qu’ils avaient un système de management tout à fait remarquable, notamment sur la mise en avant des hommes. Ensuite, j’ai publié un autre livre sur l’histoire du groupe Accor. Paul Dubrule et Gérard Pélisson ont longtemps travaillé avec un coach. Mais après son décès, quand ils avaient quelques points de discorde, ils ont fait appel à moi. Je peux en parler librement, puisque ce n’est pas un sujet de confidentialité. »
Nous avons demandé à Jean-Philippe Bozek si ce management était complémentaire, chacun ayant son domaine réservé, ou si les deux hommes pouvaient connaître des différends sur certains sujets. L’auteur répond qu’il existait une grande complémentarité entre les deux : « Gérard Pélisson était vraiment très sensible aux problèmes financiers. C’était un ingénieur de formation et il travaillait beaucoup sur la gestion de l’entreprise. Paul Dubrule s’intéressait beaucoup au marketing. Ce qu’ils avaient en commun, c’est un management centré sur les hommes. C’est quelque chose d’essentiel dans un métier comme celui de l’hôtellerie. La gestion des hommes a toujours été au centre de leurs préoccupations et ils promouvaient souvent des gens qui n’avaient pas fait d’études à la direction des hôtels. Donc, ils travaillaient avec beaucoup d’intelligence. Quand ils n’étaient pas du même avis sur certains sujets, ils travaillaient avec un coach dédié. » Les deux hommes ont souvent eu des désaccords : « À chaque fois, lorsqu’ils étaient fâchés, ils se disaient que l’intérêt de l’entreprise devait primer. À ce moment-là, ils allaient consulter leur coach pour prendre de la hauteur. »
Jean-Philippe Bozek est resté proche de Paul Dubrule et il publie maintenant deux livres sur son histoire familiale : « En 2020, avec la crise sanitaire, Paul Dubrule s’est retrouvé seul chez lui. Il a commencé à consulter ses archives et, au cours de l’été, il m’a proposé de faire le tri dans tout cela. Il est parti faire un tour en vélo et je suis resté seul dans son bureau. J'ai tout analysé, mais c’était incompréhensible, entre des comptes d’entreprises inconnues datant de plusieurs décennies, des arbres généalogiques, ou de la paperasserie diverse… Finalement, cela m’a passionné, parce que j’aime l’histoire, et j’ai mis six mois à reconstituer ce puzzle. »
Ainsi, Jean-Philippe Bozek a pu reconstituer le passé de Paul Dubrule en remontant jusqu’à son grand-père : « Il y a eu la période très forte de la Seconde Guerre mondiale et maintenant je suis en train de travailler sur un nouveau tome. Le titre, c’est simplement le prénom des parents de Paul Dubrule, « Paul et Suzanne », qui sont finalement les grands témoins du XXe siècle. Le père de Paul Dubrule s’appelle également Paul et cela m’a posé quelques problèmes, car tout le monde s’appelle Paul dans la famille ! »
Force est de constater, pas seulement chez Paul Dubrule et Gérard Pélisson, que la Seconde Guerre mondiale a joué un rôle important dans de nombreux parcours d’entrepreneurs : « Il y a effectivement des effets de la guerre sur toutes ces générations, car ce sont des gens qui se sont retrouvés dans des situations où toutes les cartes ont été rebattues. Et tout était possible, à partir du moment où l’on survivait. Comme ils ont survécu à la guerre, ils avaient une immense énergie, je parle évidemment de ceux qui avaient une culture entrepreneuriale. Après la guerre, il a fallu tout reconstruire. C’étaient les Trente Glorieuses, donc tout était très différent par rapport à aujourd’hui. La mentalité était aussi différente, car le temps a été suspendu pendant la guerre. Paul Dubrule avait cinq ans au début de la guerre. Toute sa jeunesse consciente a été celle d’une folle liberté. Ce n’était qu’un terrain de jeu pour lui. Il a vu le monde tourner autour de lui en quelques années, d’abord en côtoyant des Allemands, puis des Américains ou des Polonais… » L’auteur souligne que la famille Dubrule est presque miraculée, pour avoir survécu à la guerre : « Dans toute sa famille, il y a eu deux morts lors de la Seconde Guerre mondiale, le grand-père est mort d’une pneumonie et un neveu est mort de la tuberculose ! » Un jour, avec sa famille, il a été bombardé près de Boulogne-sur-Mer : « Il a vu les bombardiers. Trois bombes sont tombées, mais sur des maisons voisines ! »
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