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Un maire dénonce l’abandon de la ruralité par les élites.
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Jean Trujillo, maire de Bernes (Somme) : « Nous avons une gestion de bon père de famille. »
À Bernes, commune de 350 habitants située dans le département de la Somme, les électeurs ont voté massivement pour le Rassemblement national, à plus de 58%. Un vote que le maire du village explique par l'abandon des élites. Jean Trujillo estime que c'est leur désaffection qui pousse ses administrés vers le RN et c’est ce qu’il a indiqué dans une lettre adressée à Emmanuel Macron. Celui-ci lui a simplement répondu qu'il contacterait les ministres concernés.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous déplorez l’abandon des communes rurales par les élites. On en parle depuis des décennies. Selon vous, pourquoi cette inertie perdure-t-elle ?
Jean Trujillo : Nos politiques doivent avoir un problème de strates quand ils parlent des petites communes. Une petite commune, pour eux, cela va de 50 à 1000 habitants maximum et tout ce qui est fait l'est pour des communes jusqu’à 50 000 habitants. Nous avons une gestion de bon père de famille et il est rare de voir une petite commune endettée, parce que nous ne dépensons jamais ce que nous n’avons pas. C’est une problématique.
Il y a quelques décennies, les gens acceptaient de vivre à la campagne, avec ses avantages et ses inconvénients. Aujourd’hui, quelles sont les raisons qui provoquent la colère de vos concitoyens ?
Je pense que c’est surtout la perte des services publics. C’est une raison majeure de ce ressenti d’abandon. Il y a vingt ans, les gens votaient peu pour le Rassemblement national, ou pour le Front National, dans nos campagnes. Je suis maire d’une commune de 350 habitants, je n’ai pas de problèmes d’immigration et je n’ai pas de problèmes de chômage. Mais chaque fois qu’il y a une élection, les gens se retournent vers les extrêmes, que ce soit l’extrême gauche ou l’extrême droite. Tout cela est lié à l’abandon des services publics. La Poste est à quelques kilomètres et la Trésorerie a été fermée, alors que l’on a besoin de tous ces services. Le pire de tout, c’est la fermeture des écoles. Le lien social s’arrête progressivement dans nos communes. Il n’y a plus de cafés, il n’y a plus d’endroits où les gens peuvent se retrouver pour discuter. Il n’y a plus que les sorties scolaires.
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