Le député Renaissance, ancien élu LR, évoque la situation politique.
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Jean-Carles Grelier, député Renaissance de la Sarthe : « Nous n'avons plus été habitués à des coalitions sous la Ve République. »
Jean-Carles Grelier, député Renaissance de la Sarthe, analyse la situation politique après la nomination de Michel Barnier à Matignon. Le parcours de Jean-Carles Grelier est intéressant car, ancien député LR, il avait rallié Renaissance pour les élections législatives de juin 2022.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous êtes un ancien député LR : la nomination de Michel Barnier à Matignon correspond-elle finalement à votre ligne politique idéale ?
Jean-Carles Grelier : Nous avons un Premier ministre qui a un profil idéal pour cette fonction, compte tenu du contexte. J'entends toute la gauche qui prétend s'être fait voler la victoire. Mais s'ils avaient voulu gouverner, il suffisait que le Parti socialiste cesse ses divisions et donne son aval à la nomination de Bernard Cazeneuve pour que la victoire ne soit volée à personne. À partir du moment où le président de la République n'a pas pu lever une option à gauche, il est allé chercher une option à droite et Michel Barnier a un profil de sérénité qui correspond bien à la période actuelle. J'ai beaucoup apprécié son discours dans la cour de Matignon, qui était posé et responsable. On va essayer de travailler et agir. La vraie difficulté, c'est que désormais on ne cherche pas une majorité pour faire voter un projet, mais on cherche à éviter d'avoir une majorité contre soi. C'est une logique un peu différente de ce que l'on a pu connaître et j'espère que la raison l'emportera et que tout le monde s'apercevra que notre pays a besoin d'être gouverné. On a besoin d'un budget, pour l'État et la Sécurité sociale et, même si ces textes sont le compromis de discussions longues et complexes, il n'en reste pas moins qu'ils sont nécessaires.
Faisons un parallèle avec le secteur artistique ou les programmes de télévision. Lorsque l'on a un public fidèle, on a aussi des gens qui ne vous aiment pas et, parfois, pour toucher le plus grand nombre, on s'efforce d'être le plus neutre possible afin de ne pas déplaire. En politique, ne risque-t-on pas de rechercher des consensus autour de propositions peu réformatrices, pour ne pas être confronté à de grandes oppositions ?
C'est audacieux, mais ce n'est pas totalement improbable. La démocratie, c'est par nature le compromis entre une majorité et une opposition. Il se trouve que la majorité est fragile et que les oppositions sont nombreuses, mais ce compromis va être nécessaire. Donc, revenir à des débats et à des compromis qui ne soient pas des compromissions, cela me paraît utile. Si l'objectif poursuivi par les uns et les autres, c'est d'avoir en permanence le plus petit dénominateur commun, on en reviendra à l'eau tiède à laquelle vous faites référence. J'espère que nous pourrons aller au-delà. J'ai peur que l'on ne soit condamné durablement à ce type de choses. D'abord, les Français ont fait le choix de ne pas donner une majorité absolue au président de la République en 2022 et ce choix a été accentué en 2024. J'imagine que tout le monde va revendiquer la proportionnelle. Si, demain, nous avions une proportionnelle à l'Assemblée nationale, on aurait une assemblée qui ressemblerait à ce que nous avons aujourd'hui. Nous sommes peut-être dans une situation politique durable et il va falloir s'habituer à cela. Nous n'avons plus été habitués à des coalitions sous la Ve République, avec des discussions et des compromis. Ce qui me rassure, c'est qu'il y a des pays qui fonctionnent avec ce modèle : je pense à l'Espagne ou l'Allemagne et je n'ai pas l'impression qu'ils soient dans l'eau tiède en permanence. C'est peut-être une culture politique différente qu'il va falloir que chacun acquière. C'était la culture de la IIIe et de la IVe République, ce n'était pas celle de la Ve République. Mais il va probablement falloir revenir à une assemblée plus proche des Français, sans avoir un parti hégémonique qui gouverne seul, mais un partage des pouvoirs entre différentes factions politiques. C'est, encore une fois, le choix que les Français ont fait en élisant l'Assemblée nationale telle qu'elle existe aujourd'hui.
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