Ce que l'homme doit à son chromosome Y : les révélations des neurosciences.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Le professeur René Écochard, docteur en médecine, professeur à l'université Claude Bernard (Lyon I) est membre du laboratoire de Biostatistique-Santé de Lyon. Son dernier livre est le fruit de plusieurs années d’études sur le chromosome Y pour faire comprendre ce qui différencie sur le plan génétique les hommes et les femmes. Il avait déjà publié en 2022 un ouvrage intitulé « Homme, femme... ce que nous disent les neurosciences ».

Son livre est passionnant car on nous répète depuis plusieurs décennies qu’il n’y a pas réellement de différences entre les hommes et les femmes, mais qu'un conditionnement éducatif et culturel incite les hommes à se comporter comme tels et les femmes comme telles. Il explique que la science est en train de démontrer l’inverse : « Cette idée que tout serait culturel est très répandue. Elle est liée à la psychologie et à la sociologie des années 70. C’est une affaire assez ancienne, qui arrive maintenant en France après avoir parcouru l’Amérique, l’Australie et la Suède. Simone de Beauvoir avait dit que l’on ne naît pas femme, mais qu’on le devient et cela a parcouru les têtes des sociologues. C’était une hypothèse qui n’était pas du tout fondée sur la science ! Depuis vingt ans, la science étudie la différence entre les hommes et les femmes. Nous n’avons plus le droit, depuis 2005, de publier un article scientifique sans faire une colonne sur ce qu’il en est pour la femme et une autre colonne pour l’homme. Chaque jour, il y a de nouveaux articles qui nous disent que pour tel médicament, il est plus efficace chez l’homme que chez la femme, ou inversement. La tension artérielle n’est pas la même, le risque des maladies n’est pas le même, Alzheimer n’a pas la même fréquence... On découvre en permanence que ces gens, qui partaient peut-être d’une bonne intention, se sont trompés. Il y avait une bonne intention à l’origine, qui était de dire que l’on naît homme ou femme et que l’on développe cette masculinité ou cette féminité, progressivement, grâce à la culture ou à l’éducation. »

Les scientifiques sont allés à l’inverse des thèses wokistes selon lesquelles on ne doit plus faire de différences entre les hommes et les femmes. Pour le scientifique, « il y a toujours un grand retard entre la recherche et la vie quotidienne. Les personnes qui diffusent ces idées les ont trouvées dans les textes de leurs formations philosophiques et sociologiques qui datent vraiment. Les travaux des scientifiques démontrent comment la génétique et l’épigénétique font de nous des hommes et des femmes, avec des potentiels différents. Cela veut dire que nous sommes complémentaires. La masculinité ne se comprend pas sans observer la féminité, et la féminité se comprend vraiment lorsqu’on la voit en relation avec la masculinité. Plus on va quitter la guerre des sexes, plus on va se dire que la biologie nous donne des forces particulières, plus on va pouvoir développer notre relation humaine et progresser dans notre rôle de parents ou dans nos relations au sein d’une entreprise. On ne peut se comprendre qu’en complémentarité. »

Dans nos gènes, nous avons 23 paires de chromosomes et 22 ne sont pas liées au sexe. Cependant, René Écochard explique que la paire de chromosomes qui est liée au sexe détermine tout : « Nous avons une très grande humanité commune, 22 gènes communs, mais la nature a prévu que chacun de nous, dans chacune de nos cellules, ait une marque particulière qui va faire travailler chaque cellule de manière spécifique, grâce à cette 23ᵉ paire de chromosomes. Quand on analyse les cellules, par exemple la base des cheveux, la peau ou la voix, c’est grâce à la présence de cette 23e paire de chromosomes qui est comme un chef de chantier. L’ensemble des chromosomes va travailler sous les ordres de cette 23e paire. Dans l’amygdale du cerveau, il y a plus de 2 000 gènes qui travaillent différemment chez l’homme et chez la femme, alors que le chromosome Y a moins de 100 gènes. Mais c’est un chef de chantier. Il fait travailler les autres chromosomes de la cellule, de manière à ce que cela convienne pour un homme. À l’inverse, le deuxième X de la femme fait travailler l’ensemble des chromosomes de la cellule de la femme pour que celles-ci soient optimales pour une femme. »

Prenons un exemple de ce qui démarque les hommes et les femmes dans la manière de penser : « Le cerveau de la femme est une sorte de grande salle où il y a à la fois place pour les émotions et pour la rationalité. Chez l’homme, il y a plutôt deux pièces séparées, une pour les émotions et une pour le rationnel. Ce qui fait que la femme, comme on dit en Afrique, a mille mains. Elle peut penser à son fils qui est en train d’arriver à l’école, tout en assurant sa tâche au travail. Lorsqu’un homme est au boulot, il est au boulot, il va avoir du mal à penser à téléphoner à sa femme. Ce n’est pas un manque de capacité de l’homme. Si l'on rend inactif le chromosome Y de l’homme dans le ventre de sa maman, il va évoluer comme une femme. La masculinité protège l’homme contre un trop grand contact entre les émotions et le rationnel. La nature a prévu cette complémentarité entre des gens qui font mille choses à la fois et des gens qui se concentrent sur un aspect des choses. »

René Écochard a aussi découvert que lorsque la maman subit une agression pendant sa grossesse, les répercussions sont plus fortes si le fœtus est un garçon : « Le stress entraîne une grande quantité de cortisol. Cela bloque la sécrétion de testostérone chez le petit garçon, donc il manque de testostérone pendant cette période de stress et cela le fragilise. Donc, on a un peu plus de mortalité néonatale et le petit aura un peu plus de mal à grandir les premiers temps de sa vie. Le stress de la maman, les agressions subies par la maman, vont faire que les petits garçons n’auront pas le meilleur climat pour se développer. À l’inverse, les petites filles sont plus robustes, car le cortisol ne modifie pas l’activité hormonale. Au contraire, au moment de l’adolescence, les filles deviennent plus fragiles que les garçons. Jusqu’à la puberté, les garçons sont plus fragiles que les filles et, après, c’est l’inverse. On est vraiment très différent, mais il faut prendre soin des mamans, que ce soit un petit garçon ou une petite fille, parce que le cerveau se sculpte au moment de la grossesse, dès le ventre maternel. Finalement, le rôle de l’homme, dans la nature biologique, c’est de prendre soin de la famille et de la société, pendant que la maman donne la vie. »

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