Les électeurs zappent de plus en plus sans se soucier du bien commun.

LA RENCONTRE DE LA SEMAINE

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Guillaume Bernard : « Il y a une volonté des Français de pratiquer le dégagisme. »

Guillaume Bernard est historien du droit, politologue et spécialiste de l'histoire des institutions françaises et des idées politiques et juridiques. Il est enseignant à l'Institut catholique de Vendée.


L’Hebdo-Bourseplus : Le résultat du premier tour des élections législatives illustre-t-il une France avec des fractures territoriales très fortes ?

Guillaume Bernard : Il y a quand même une uniformisation du vote RN au niveau national. Dans l’Ouest, les scores ne sont pas aussi élevés que dans d’autres parties du territoire, mais il y a des circonscriptions où le RN atteint des scores supérieurs à ceux de la moyenne du parti en France. Il y a une nationalisation du vote RN. Pour autant, il y a incontestablement des fractures entre les villes, le périurbain et les campagnes, c’est-à-dire la France périphérique. La France périphérique vote RN, alors que les villes votent Macron ou LFI. Il y a aussi une cassure sociologique. Ce sont essentiellement les petites gens du privé, les employés ou les artisans qui votent RN, alors que la France qui vit de l’argent public continue de lui être hostile. C’est donc une cassure géographique et sociologique.


Cela signifie-t-il que les Français ne s’aiment plus ?

Les Français raisonnent en termes d’intérêts particuliers et l’idée du bien commun est édulcorée. Il n’y a qu’à regarder les programmes des partis politiques. Ils cherchent tous à capter certains segments électoraux. Nous ne sommes plus avec des forces politiques qui ont une doctrine, une vision de l’histoire, du passé et de l’avenir, nous sommes dans des catalogues de mesures. Les commentateurs constatent l’approfondissement de telle mesure ou le reniement de telle autre mesure. Nous ne sommes plus dans un discours politique qui donne véritablement de l’espoir. Évidemment, le principal risque pour le Rassemblement national au pouvoir, c’est d’abord qu’il n’ait pas forcément la majorité absolue et, surtout, qu’il fasse des déçus. Les électeurs ayant projeté leurs propres idées sur les partis politiques, en les rejetant, en disant que ce sont d’ignobles fascistes, ou en les soutenant, en disant que c’est la planche de salut ultime, risquent d’être déçus. Ils n’auront pas forcément écouté le discours des hommes politiques, mais ils auront simplement projeté leurs propres idées et leurs propres intérêts particuliers sur un candidat et un parti politique.

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