La FNAIM estime que le logement est pris en flagrant défi.

LA VIE DE L’IMMOBILIER

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Loïc Cantin, président de la FNAIM : « La tendance générale est à la baisse, mais c’est encore insuffisant pour assurer la reprise nécessaire. »

À la fin de ce premier semestre 2024, la situation du marché immobilier demeure extrêmement préoccupante selon la FNAIM. Le volume des transactions diminue pour la troisième année consécutive et la baisse des prix est devenue une réalité. Les professionnels commencent à ressentir les effets de la crise, avec un doublement des faillites d’agences en un an. Ainsi, « les ventes sont en chute de 23 % à fin mars sur 12 mois glissants avec 822 000 actes signés. Pour mémoire, on était encore à 869 000 ventes en décembre 2023. L’ensemble du territoire métropolitain est concerné. On note, toutefois, un ralentissement de la baisse ; un plancher pourrait être atteint cette année avec 800 000 transactions. » En un an, « les prix, en moyenne nationale, ont perdu 3,8 %. Il s’agit de la plus forte chute depuis 15 ans. Amorcée dans les grandes villes, elle s’est progressivement étendue à l’ensemble du territoire. En fonction de l’évolution des taux d’intérêt, la baisse pourrait osciller entre 5 et 7 % en 2024. » À Paris, l’érosion des prix est supérieure à la moyenne : moins 7,7 % en un an et moins 14 % depuis la crise sanitaire. Le phénomène est particulièrement important dans les arrondissements périphériques, qui avaient vu leurs prix fortement augmenter après le confinement.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous soulignez que l’immobilier est pris en défi, avec une situation extrêmement préoccupante. La dissolution ne devrait pas arranger les choses...

Loïc Cantin : Ce n’est plus un défi, l’immobilier est pris en otage, surtout le logement des Français, car les périodes politiques que nous traversons sont synonymes d’instabilité. Tout cela n’est pas un bon signal envoyé au marché. D’ailleurs, les Français ne sont jamais confiants lors des périodes d’instabilité politique, car cela les empêche d’avoir de la visibilité sur le marché et ils n’ont donc pas pleinement confiance dans une stratégie d’acquisition ou d’investissement. Nul ne sait quelle sera la politique qui sera conduite demain. En réalité, les programmes des uns et des autres ne satisfont pas aux besoins des Français pour leur permettre de devenir propriétaires. On attise les marchés, avec les locataires contre les propriétaires, et l'on favorise l’accession à la propriété à certains moments. Mais un marché d’équilibre a besoin de satisfaire les grandes familles de ce secteur, c’est-à-dire un secteur locatif privé et important, un secteur locatif social car c’est indispensable, et de favoriser l’accession à la propriété. Il ne faut pas oublier l’investissement, qui est aussi la clé du portage de l’immobilier nécessaire à l’équilibre de ce pays. Quand on favorise un secteur plutôt qu’un autre, c’est-à-dire la location plutôt que l’accession, on arrive à un déséquilibre. Et c’est ce que nous vivons actuellement. Je crains fort que les messages politiques que nous recevons en ce moment soient de nature à provoquer un déséquilibre. Tout cela va nous projeter dans une forme d’instabilité pendant quelques mois, avant que les stratégies politiques s’affinent et permettent aux Français d’y voir clair.


Depuis plusieurs mois, ce sont les acheteurs qui font le marché. Les vendeurs commencent-ils à se rendre compte de la situation ?

Les acheteurs ne font pas trop le marché, il faut simplement trouver la rencontre entre un acheteur et un vendeur. L’acheteur est contraint par un pouvoir d’achat qui ne lui permet pas d’accéder à la propriété au prix affiché. Les exigences des établissements bancaires ne favorisent pas l’octroi d’un crédit immobilier. L’acquéreur est contraint à des prix encore trop chers et il va falloir que les prix baissent au cours des prochains mois. La baisse des prix est salutaire. Nous avons estimé la baisse des prix entre 5 et 7 % en 2024, c’est un minimum et c’est totalement insuffisant. On constate que c’est là où les prix ont le plus augmenté qu’ils baissent le plus. C’est une façon de réguler le marché. La baisse des prix ne concerne pas tous les territoires, principalement là où les augmentations ont été les plus fortes. Si vous êtes en Corrèze ou en Lozère, l’emprise du crédit sur les prix de l’immobilier a peu d’impact, car cela n’a rien à voir d’acheter de l’immobilier à 1200 € le mètre carré en Lozère, avec l'achat d'immobilier à 10 000 € le mètre carré à Paris. On a une multitude de petits marchés, tout n’est pas identique, mais la tendance générale est à la baisse, or c’est encore insuffisant pour assurer la reprise nécessaire.

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