L'assassinat de Mark Zuckerberg.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Alexandre Arditti est journaliste et éditeur de presse. Il est à la tête des Éditions Grands Voyageurs, une maison d'édition spécialisée dans le voyage. Il vient de publier « L'assassinat de Mark Zuckerberg », un roman dans lequel il imagine le meurtre du fondateur de Facebook perpétré par des terroristes. Avec une plume acérée et une maîtrise exceptionnelle du suspense, l'auteur nous invite à une réflexion profonde sur notre époque, tiraillée entre le désir d'innovation et les périls de la déshumanisation. En effet, cet ouvrage est surtout prétexte à dénoncer les dérives des réseaux sociaux. Alexandre Arditti souligne : « C'est un thème qui est particulièrement d’actualité. Tout le monde se pose les mêmes questions. Nous sommes tous confrontés aux réseaux sociaux, et les positions très tranchées que l’on peut avoir sur ce sujet sont un merveilleux prétexte pour imaginer une histoire un peu folle autour de cette société du tout numérique. Si, un jour, une partie de la population décidait de refuser cette perte de contrôle sur nos vies privées, car toutes ces données posent des questions sur nos libertés fondamentales, que se passerait-il ? La course aux progrès technologiques doit-elle prendre le pas sur nos principes démocratiques ? Comment vivre dans ce monde de plus en plus connecté ? Dans le livre, j’imagine qu’une organisation terroriste mondiale décide d’utiliser la violence pour enrayer ce phénomène. Évidemment, c’est Marc Zuckerberg qui est ciblé, puisque c’est un personnage iconique, très représentatif, donc c’est un symbole. Pour moi, c’est l’opportunité de poser de nombreuses questions sans y répondre de façon manichéenne. »

Et si quelqu’un avait le pouvoir de modifier la nature des informations qui nous sont adressées, de tout savoir sur notre vie privée et avait un contrôle total de nos vies ? Tel est le cas de Marc Zuckerberg : « L’influence a toujours existé et les fausses informations aussi. Ce qui change, aujourd’hui, c’est la surveillance généralisée. Il y a 30 ans, le rédacteur en chef de Libération ne pouvait pas connaître votre vie privée. À l’inverse, dans le Nouveau Monde, avec toutes les données qui sont recueillies, tout est possible. Avec les réseaux sociaux, on ne sait jamais vraiment qui parle, on est à la fois partie prenante et critique. J’utilise beaucoup les réseaux sociaux à titre professionnel, mais pas à titre personnel. Nous avons tous des smartphones et l'on sait très bien que si l'on prononce le nom d’une marque, on reçoit immédiatement des publicités en rapport. C’est donc l’occasion de nous interroger sur notre goût de la liberté et de ce que l’on peut retirer de l’utilisation de ces médias. Effectivement, Facebook filtre les informations, comme tous les réseaux, d’ailleurs. On a pu le constater pendant la crise sanitaire. Donc, il y a quand même une certaine ligne éditoriale. Tout cela n’est pas très clair. Les responsables des réseaux sociaux doivent s’expliquer, nous sommes tous un peu perplexes. Il ne s’agit pas de faire une critique à charge, mais de savoir ce que l’on veut faire de tout cela et jusqu’où l'on est prêt à aller. »

Finalement, la question de fond porte sur nos libertés individuelles. Ne sommes-nous pas aussi responsables, puisque nous auto-alimentons ce système ? Alexandre Arditti répond : « C'est dans l’air du temps. Chacun peut s’exprimer en disant n’importe quoi, d’autant plus que les algorithmes des réseaux sociaux ont tendance à radicaliser les opinions, puisque vous voyez toujours des choses qui vous conviennent ou qui ne vous conviennent pas du tout. On est dans une sorte de caricature des positions et une disparition de toute complexité dans le débat public. Les choses finissent parfois dans un torrent d’insultes. C’est une manière étrange de débattre, surtout dans un pays comme le nôtre, qui est celui du débat d’idées et d’une littérature très riche. Tout cela est très exacerbé depuis une quinzaine d’années. Mais cela avait commencé avec certains médias généralistes et surtout avec les politiques, qui ne prennent plus la peine d’expliquer la complexité du monde. Avec le numérique, on arrive à des choses regrettables, puisque tout le monde a un avis sur tout. On est très intéressé par l’avis du vendeur d’aspirateurs sur la politique étrangère.... Je n’ai rien contre les vendeurs d’aspirateurs mais, a priori, on devrait être davantage captivé par l’avis des diplomates. Tout le monde est devenu expert. »

Alors, en réalité, ce système marque-t-il une phase de déshumanisation ? Conclusion de l’auteur : « Pour que tout change, il ne faut que rien ne change. Comme tout le reste, cela finira par passer. On ne reviendra certainement pas en arrière, mais je pense que la fascination va finir par passer. On voit bien que certains jeunes s’éloignent de leur smartphone. Donc il y aura peut-être un retour du sens. Quand on aura atteint le summum du vide, après avoir été inondé de nombreuses informations inintéressantes - il suffit de voir un fil sur Facebook ou Instagram - peut-être que les choses changeront. Il n’est pas exclu que le modèle économique des réseaux sociaux change, car il ne faut pas perdre de vue, au-delà des débats idéologiques et politiques, que tout cela reste quand même un gros business. Ce sont des entreprises qui sont là pour gagner de l’argent, car plus il y a d’informations qui circulent, plus ces réseaux gagnent de l’argent. Il y a un côté orwellien dans tout cela. On doit tous penser de la même manière, sans exprimer une opinion divergente. Donc tout cela est bassement mercantile. »

« L'assassinat de Mark Zuckerberg » d’Alexandre Arditti est publié aux Éditions La Route de la Soie.

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