La seule façon d’aimer.
LITTÉRATURE
La sortie de ce numéro de L’Hebdo-Bourseplus est particulière, beaucoup de lecteurs sont en vacances, alors nous avons voulu vous présenter un livre plus léger, le premier roman d’amour signé Didier Barbelivien. Dans cette chronique, on évoque peu les romans, sauf en période de vacances, et nous avons demandé au célèbre auteur-compositeur-interprète de nous parler de ce livre. L’amour s'inscrit au centre de son livre : « Je me rends compte a posteriori de certaines choses. L’amour a changé ma vie. J’étais un enfant et un adolescent difficile. Je n’aimais pas ma vie, je n’aimais pas mon enfance, j’étais plus que rebelle. Un jour, lorsque j’avais 14 ans, je suis tombé amoureux, avec énormément de sentiments. Le cœur battant, j’ai découvert l’émotion et je suis devenu sensible. L’amour a permis de m’émanciper. »
Pourtant, à longueur de temps, sur les réseaux sociaux ou dans la presse, on s'évertue à nous expliquer que l’amour n’existe pas et que ce n’est finalement qu’une question d’argent, de sexe ou d’intérêt : « C’est triste, mais c’est vrai, on lit cela. Je viens de lire un article sur l’intelligence artificielle et c’est effrayant ! J’essaie d’éduquer mes filles, avec leur mère, dans la réalité des choses, mais il n’est pas certain que la future génération ne soit pas amoureuse d’un avatar. La disparition de l’émotion humaine est catastrophique, car les gens vont se priver d’un plaisir qu’ils ne connaissent pas. »
Nous avons demandé à Didier Barbelivien, ce qu’il pensait de cette récente étude sur la forte baisse de la pratique sexuelle des jeunes Français : « Cela m’a passionné, j’ai lu cette enquête. Ce n’est pas que la pratique sexuelle était débridée quand j’avais 15 ans, au contraire, mais il y avait une pudeur et des règles. C’était compliqué et l'on n’avait pas d’indépendance financière. L’éducation était plus stricte. J’ai connu l’époque où prendre la main d’une fille, ou l’embrasser, c’était un événement dans notre vie. Cela a changé ma vie, parce que j’étais quelqu’un qui n’avait pas de sentiments. Même la tendresse ne me concernait pas. Donc, je ne parle même pas de l’amour. J’étais relativement indifférent vis-à-vis des êtres humains et j'avais des rapports difficiles avec ma mère. Cela me laissait dans un vide sentimental abyssal. Je ne comprenais pas pourquoi ma vie était ainsi. »
Le déni des sentiments s'observe aussi dans l'approche de la vie quotidienne, sur tous les sujets : si vous n’êtes pas dans la doxa, que ce soit sur des questions de santé, de climat ou de politique étrangère, vos interlocuteurs se figent : « Oui, il faut être dans la ligne. Vous n’avez plus le droit d’avoir un avis contradictoire face à l’opinion ambiante, si possible donnée par quelques maîtres à penser qui sont complètement idéologisés. J’ai connu cela toute ma vie. Je suis né en 1954 et j’avais 14 ans en 1968. Les années d’après ont été un peu rock ‘n’roll pour ma génération, donc j’ai connu ça toute ma vie. Aujourd’hui, le débat a tendance à disparaître et, être différent, c’est être marginalisé. Avant, c’était une curiosité, aujourd’hui c’est une marginalisation. Je me rends compte de tout cela, que ce soit dans des discussions ou des débats. Mais ce n’est pas que chez nous : j’étais aux États-Unis cet été et je peux vous dire que cela prend une drôle de tournure. » Cela relève de l’absence de sentiments et d’empathie : donc on ne peut plus aimer après : « Je ne sais pas. Je crois que l’éducation sentimentale venait beaucoup de nos lectures. Quand j’étais adolescent, nous n’avions pas forcément des modèles, mais des exemples, comme « La princesse de Clèves » ou « Le diable au corps.». Il y avait pléthore de livres, y compris dans la littérature contemporaine. Je cite beaucoup de femmes, parce que c’étaient elles qui donnaient la tendance et qui portaient encore le romantisme. »
Le livre de Didier Barbelivien va peut-être donner l’envie d’aimer, car nous sommes dans une époque où beaucoup n’ont plus envie d’aimer : « Ce n’est pas faux. J'ignore si cela va donner l’envie d’aimer, mais je voudrais que cela recentre ce sentiment. Je voudrais que les gens se disent qu’il est possible de vivre une telle histoire. Il y a des êtres humains qui vivent sans n’avoir jamais connu un sentiment amoureux qui les emporte. Pour eux, cela passe par l’accouplement raisonnable. On ne sait pas trop pour quelles bonnes ou mauvaises raisons on est en couple, mais il y a des gens qui n’ont pas connu l’emportement amoureux, à savoir le délire incontrôlable. Je ne dis pas que c’est la panacée et je n’invite pas les gens à brûler toute leurs passions, parce que le monde serait bizarre. Mais il faut quand même avoir eu un jour ce déclic. »
Alors pourquoi ce titre « La seule façon d’aimer » ? Didier Barbelivien raconte ce choix : « Je suis parti de la phrase de François Sagan. C’est un point de vue que je partage quand elle dit qu’elle a aimé jusqu’à atteindre la folie, ce que certains appellent la folie, mais qui pour moi est la seule façon d’aimer. On oublie que c’est mon héroïne qui mène l’orchestre. C’est elle qui veut cet homme, ce n’est pas le contraire. Dans la littérature du XXe siècle, on nous présente toujours l’homme comme prédominant, il drague la fille ou la femme, il veut la séduire... Mais c’est le contraire. »
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Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
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