La question interdite.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Jusqu’où la censure osera-t-elle aller ? Voici un nouvel exemple du terrorisme intellectuel que doivent affronter les journalistes et les écrivains. Valérie Gans a été critique littéraire pendant 17 ans au Figaro Madame et elle a publié une vingtaine de romans chez Lattès et Flammarion. Elle a voulu traiter du wokisme et de la pression des MeToo dans un livre, mais ses deux éditeurs historiques ont refusé. Alors, elle a décidé de créer sa propre maison d’édition « Une autre voix ». Son nouvel ouvrage, « La question interdite », enquête sur le phénomène MeToo sous l’angle politiquement incorrect : « Je m’inspire de plusieurs histoires vraies, entendues ces dernières années et, la question interdite est « si ce n’était pas vrai ? » Quand on parle de Me Too, on considère d’emblée que les femmes sont des victimes. On les croit, car l’homme est un prédateur par nature et la femme est victime. À partir du moment où elle va exprimer le fait d’avoir été harcelée, importunée ou violée, l’homme va être jugé par une sorte de tribunal populaire, sans être jugé vraiment pour un fait qu’il aura commis ou pas. D’un côté, la parole de la femme est souveraine et l’homme n’a même plus le droit à la parole. Or, il faut entendre les deux versions. Mais aujourd’hui, il n’y a qu’une seule voix. »

Il semble que seule une femme pouvait écrire cela : « Je sais ce que l’on entend... On me répond que je dessers la cause des femmes, parce que je prends parti pour les hommes en mettant en cause le fait que la femme soit victime et que l’homme soit un prédateur. En réalité, je sers la cause des femmes, car cela ne nous grandit pas de considérer que nous sommes des victimes. Nous sommes de grandes filles et cette victimisation de la femme est très néfaste pour notre image et pour le respect que l’on aimerait avoir. » Évidemment, l’homme peut être parfois un prédateur, mais pas tout le temps : « Là encore, le fait de faire tout un cinéma quand l’homme n’est pas nécessairement un prédateur, cela dessert les cas lorsque les femmes sont vraiment des victimes. Bien entendu, cela existe, il y en a beaucoup. Malheureusement, ce ne sont pas ces femmes qui font la une des journaux. »

En écrivant ce livre, Valérie Gans savait qu’elle n’avait que des coups à prendre : « Je suis à un âge où, quand on a des idées, c’est pas mal de les défendre. En tant que femme, en tant que féministe traditionnelle, au sens traditionnel du mot, je crois qu’il faut réhabiliter la femme comme un être respectable et pas comme une fausse victime. Je suis parfaitement consciente qu’il n’y a que des coups à prendre. Mais on verra bien… »

Cette civilisation du wokisme n’est-elle pas en train de s’effondrer ? Valérie Gans répond : « C’est un argument fréquent. Malheureusement, au contraire, je crois que cette idéologie est plus présente que jamais. On a l’impression qu’elle est en train de s’effondrer, mais en réalité elle pénètre les mentalités et c’est entré dans les mœurs. Maintenant, il y a des sujets que vous ne pouvez plus aborder, il y a des livres que vous ne pouvez plus publier. « La question interdite » aurait dû être publiée par mon éditeur historique, mais il a fini par se désister, parce qu’il a pris peur. Vous avez des mots qui sortent du dictionnaire parce que cela peut heurter les sensibilités. Il faut être très vigilant. Le mal s’est complètement inoculé dans notre société et il continue à faire ses dommages de l'intérieur. Restons les yeux ouverts. »

Le wokisme affecte aussi les religions et les races : « La liste est longue. Elle pourrait même être risible, si ce n’était pas si dangereux. Le wokisme concerne d’abord la race, puisque c’est la théorie critique de la race. On stigmatise tout un tas de personnes, alors qu’on ne penserait même pas à les stigmatiser. Le wokisme repose aussi sur la théorie intersectionnelle, donc vous impliquez tout le monde, les femmes, les gros, les handicapés, les sourds… On est aussi sur la théorie du genre lorsque l’on nous explique que notre aspect physique n’est qu’une anecdote, alors que l’autre genre est d’abord celui que l’on devrait pouvoir choisir. Ce sont des choses qui nous sont assénées et il est très difficile d’avancer un avis contraire. Sinon, on est effacé. On efface les personnes qui sont d’un avis contraire. » Finalement, ce sont les prémices de la pensée unique et de la dictature : « On retrouve tous les fonctionnements de la dictature, pour l’instant sans le goulag. Toute la démarche intellectuelle est celle de la dictature. Est-ce une dictature de pays riches ? C’est possible, mais c’est une dictature destructrice. Toutes les sociétés finissent par se suicider quand elles sont à leur apogée, comme l’Empire romain ou la Grèce. J’ai vraiment l’impression que l’Occident est en train de se suicider. »

Valérie Gans décrit également la foule lyncheuse qui prend du plaisir à haïr : « Non seulement c’est une foule, donc personne n’est directement concerné et, en plus, elle est tout à fait anonyme face à une victime identifiée. C’est terrible. Les gens se cachent en groupe pour aller attaquer quelqu’un, alors qu’ils ne risquent rien. C’est très lâche. » Pour Valérie Gans, « c’est propre à l’être humain. Simplement, vous avez des pays où l’on peut s’exprimer, et d’autres pays où la question ne se pose pas. Au Maroc, il y a eu un tremblement de terre épouvantable, qui a rayé certains villages de la carte, avec des gens très pauvres. C’est un vrai drame, et vous n’avez pas ce genre de problème, parce que les gens ne se posent pas ce genre de questions. Cette foule lyncheuse, c’est un défoulement de personnes qui n’ont pas vraiment d’autres problèmes. » D’ailleurs, ces meutes sont toujours au service d’une prétendue bonne cause : « La foule doit être au service de ce qu’elle considère être la bonne cause. On efface tout ce qui peut représenter une opposition. La foule lyncheuse a toujours l’impression de défendre une bonne cause. C’est exactement ce que disait Soljenitsyne : pour faire le mal, l’homme doit d’abord être persuadé qu’il fait le bien. La foule lyncheuse fait beaucoup de mal en revendiquant le fait de faire le bien. C’est finalement le phénomène du troupeau. Je commence par Me Too, c’est le premier roman. Il y en aura d’autres derrière, sur des sujets sociétaux qui méritent réflexion. J’appelle justement à cette réflexion. »

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