Société Générale : travaillez, prenez de la peine...

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 19 avril 2024 (numéro 1.234) : “ Persécution : tous les prétextes possibles pour nous abattre (5) ”. Bonne lecture !!!

Pendant un mois, en janvier dernier, sur le site d’accueil de la clientèle, il y avait un bandeau noir indiquant que la Société Générale avait, avec l’accord du Parquet de Nanterre, conclu une amende transactionnelle de 4,5 millions d’euros… Cet accord fait suite à une enquête portant sur des « pratiques commerciales trompeuses ». Dire que cela faisait plaisir, ce serait abusé ! Slawomir Krupa, nouveau directeur général, semble découvrir un gros souci chaque jour, ou presque ! Dire que la Société Générale ne va pas bien, c’est un euphémisme. Mi-février, lors de la publication des résultats annuels, on a pu le constater.


Distancée par BNP Paribas.


Le CA a reculé à périmètre constant de 8,2 % sur un an et même de 11,2 % au dernier trimestre. La banque de la Défense fait pâle figure avec ses 2,5 milliards d’euros de bénéfice 2023 qui se comparent de façon assez désagréable aux 11 milliards dégagés par son concurrent, le groupe BNP Paribas. En Bourse, alors qu’il y a une quinzaine d’années la Société Générale pesait grosso modo le même poids que BNP Paribas, elle ne vaut plus que 20,15 milliards contre 76,57 milliards d’euros pour BNP Paribas ! Cela fait plus de dix ans que la Société Générale ne fait que gérer un recul permanent, si l’on ose dire ! On a vraiment l’impression que tout va mal et que tout va aller toujours plus mal ! En 2022, les prévisionnistes de la Société Générale ont fait souscrire des assurances financières pour la protéger contre une baisse des taux d’intérêt ! (fallait oser) Patatras, cela fut l’inverse qui est arrivé ! On a beau dire désormais que ce n’était pas facile à voir, pourtant, avec la hausse prise en Amérique du Nord et qui ne devait pas manquer de se répandre au continent européen… la plupart des établissements financiers se sont protégés contre une hausse des taux d’intérêt et non pas contre leur baisse. Un coût global d’environ 1,5 milliard d’euros sur deux ans, cela pèse, surtout lorsque l’on ne fait que 2,5 milliards d’euros de résultat annuel !


Après les énarques, un soutier.

Pourtant, à la tête, depuis mai 2023, Slawomir Krupa, franco-polonais, est un homme qui connaît bien la maison. Par rapport à Frédéric Oudéa et Daniel Bouton, énarques et issus de cabinets ministériels, de l’Inspection des Finances notamment, il tranche, car lui, c’est un banquier. Dans la besace de son héritage, il y a eu la toute dernière de Sébastien Proto, énarque lui aussi, ancien directeur général adjoint et candidat malheureux au poste de PDG, qui est parti à la mi-2023 juste après son arrivée. En effet, le directeur général adjoint Proto avait initié la fusion entre le Crédit du Nord et la Société Générale. Il s’agissait de fusionner les réseaux de la Société Générale et du Crédit du Nord, positionné beaucoup plus haut en gamme, plus cher, mais avec un service meilleur, consenti. De 2.100 agences à fin 2020, l’idée est de réduire à 1.450 agences à la fin de 2025. Comme le Crédit du Nord était plus rentable, les employés des agences Crédit du Nord étaient mieux payés ! Bien sûr, cela s’est su. Là où au Crédit du Nord et dans ses filiales on travaillait davantage sur la base d’une approche de vente cosmétique, plus ou moins taillée sur mesure, le nouveau réseau SG se retrouve avec une même culture, basée sur le placement de produits, une sorte d’approche industrielle par rapport à de l’artisanat.

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