Choc et résilience : la France et l’Union européenne à l’épreuve des crises internationales : Failles systémiques, aveuglément des dirigeants et quête d’une résilience collective

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Dans son nouvel ouvrage, Gilles Barouch explore la connexion entre les crises internationales du XXIe siècle, de la crise financière à la pandémie de Covid 19. Il révèle la nature systémique de ces événements, remettant en question les perspectives traditionnelles compartimentées, et met en lumière un modèle explicatif des crises et les faux pas des dirigeants qui les ont provoquées. Ce livre souligne l’urgence d’aborder et de traiter ces problèmes systémiques à la racine avant qu’ils ne façonnent irrévocablement notre avenir. Gilles Barouch nous explique sa démarche : « J’ai la double compétence, académique et professionnelle. J’ai toujours voulu aller sur le terrain pour appliquer des idées théoriques. Il est important de faire cet aller-retour. Pour expliquer cette vision systémique des crises, il faut revenir à mes premiers travaux sur les milieux naturels, qui sont des écosystèmes. Par exemple, si vous avez une perturbation en amont d’une rivière, cela va se ressentir en aval. Cette notion d’écosystème traverse les frontières administratives entre les différentes institutions et c’est ce qui m’a attiré vers la pensée systémique. Il s’agit de regarder les événements, non pas de manière isolée, mais de prêter attention aux différentes interactions entre ces éléments. Cela apporte la vision globale d’une organisation ou d’un milieu naturel et c’est à ce niveau que l’on doit agir pour maintenir la cohérence du système. Ce livre est le premier qui regarde les crises, non pas séparément, mais dans leur globalité. Est-ce un hasard ? Est-ce qu’il y a des points communs ? On a parlé de crise systémique au moment de la crise financière. Ayant appliqué cela dans la gestion des milieux naturels, cela signifie que c’est une perturbation qui a des effets en chaîne et qui menace de détruire le système concerné. C’est la première fois que des non-spécialistes de l’approche systémique ont parlé d’une crise systémique au moment de la crise financière. Cela a attiré mon attention. On a vécu plusieurs crises dans des temps très rapprochés et j’ai travaillé sur l’origine de ces crises systémiques, et surtout sur leur non-résolution. »

En fait, cette absence de pensée systémique semble être aussi illustrer le défaut de culture générale de nos gouvernants. Gilles Barouch nous répond sur ce point : « Il y a des chercheurs qui mettent en évidence que vous dites, en anticipant les crises, en expliquant que nous n’avons pas le bon référentiel de pensée et d’action. Les problèmes sont devenus extrêmement complexes, notamment avec l’ouverture des frontières, alors que nous avons une culture mécanique. Cette culture a permis à l’Occident de conquérir le monde, d’inventer des outils extraordinaires, comme la voiture et l’avion, donc cela a parfaitement marché dans le monde physique. On a voulu appliquer cela au monde social. C’est-à-dire un monde parcellisé, avec chaque ministère en charge d’un aspect précis, ensuite on aborde le problème sur le plan juridique ou financier. Nous sommes dans un problème de culture analytique, alors que la culture systémique est requise pour la compréhension de notre monde moderne. Quand les crises se sont déclenchées, les dirigeants ont toujours été pris par surprise et cela veut dire qu’il n’y a pas eu une bonne planification en amont. Il n’y a pas eu un contrôle du système des frontières pour limiter les effets d’une perturbation et, comme tout le monde a été pris par surprise, on a mis en place des solutions curatives. Donc, on a traité le symptôme, mais pas les causes du problème au sein du système. Non seulement les crises ne sont pas traitées, on le voit bien en ce moment avec la faible croissance, mais en plus elles se sont déportées vers d’autres systèmes. Par exemple, l’absence de solution à la crise financière a conduit à la crise économique, les solutions immédiates à la crise économique ont conduit à la crise de l’euro et à la faillite de la Grèce, etc. On est toujours dans une logique où il n’y a pas d’anticipation. Les contrôles sont défaillants au sein du système et, quand la crise arrive, on est pris par surprise à défaut de l’avoir anticipée. Donc, on met en place des solutions d’urgence de type curatif, parce que l’on ne traite pas le problème de fond dans le système. »

Évoquons la guerre entre la Russie et l’Ukraine : le non-respect des accords de Minsk et l’observation de la persécution des populations russophones en Ukraine font qu’il était normal de penser qu’il y aurait un problème. On fait mine de ne pas savoir ce qui s’est passé auparavant et on nous explique que la Russie attaque l’Ukraine. Donc, on prend la photographie immédiate, sans analyser le passé. Pour Gilles Barouch : « Il ne s’agit pas d’exonérer Poutine, il s’agit simplement de regarder les choses dans leur contexte. À l’origine de la crise, il y a eu cette association proposée par l’Union européenne à l’Ukraine. On n’a pas tenu compte du fait que l’Ukraine a toujours été dans la zone d’influence russe, on n’a pas tenu compte de la minorité ukrainienne russophone et orthodoxe et on n’a pas tenu compte des tentatives de rapprochement entre la Géorgie et l’OTAN, avec l’intervention militaire de la Russie qui a fait main basse sur deux régions du nord de la Géorgie. Donc, il y avait des précédents. Là encore, il y a des lumières rouges qui auraient dû s’allumer. Il y a eu la manifestation de Maïdan, reçue comme quelque chose de formidable en Europe, mais cela a débouché sur une guerre civile et la Russie a fait main basse sur la Crimée. Donc, une guerre froide s’est installée en Europe. Maintenant, elle rebondit pour différentes raisons. On retrouve les défaillances systémiques que l’on retrouve partout, c’est-à-dire la non-anticipation des réactions de la Russie en amont et, quand la crise est venue, au lieu d’être prudents, au lieu de calmer le jeu en rassurant la Russie, il y a eu un déficit de communication. Maintenant, ce sont malheureusement des morts des deux côtés, avec des milliards de pertes financières. On aurait dû faire un travail de vigilance. On doit le faire dès que l’on touche aux frontières d’un système. On est sur la question des zones d’influence, c’est pourtant bien connu. »

L’analyse systémique peut aussi être valable sur la crise de l’endettement public. Le gouvernement semble affolé comme s’il découvrait l'ampleur du problème. L’auteur réagit sur ce point : « Les faits ne traversent pas le mur des croyances. On est toujours dans le court terme, on traite les problèmes de façon symptomatique et, quand on a un problème sous nos yeux, nos gouvernants disent que ce n’est pas possible et on écarte le problème. J’ai écrit une lettre à un sénateur pour lui proposer la réponse systématique au traitement de la dette publique. La solution, c’est de traiter les gaspillages et les pertes de l’État, que l’on peut estimer à 20 % des dépenses de l’État. Actuellement, on s’apprête à réduire les coûts à l’âge, sans regarder les conséquences sociales, en étant dans l’ignorance des effets induits par les décisions. La qualité de service peut se dégrader et il y aura d’autres conséquences négatives. Je propose de réduire les défaillances internes, c’est-à-dire tout ce qui coûte et ne rapporte rien. En management, on appelle cela les coûts de la non-qualité. Je suis réticent à la hache, car on crée des dégâts que l’on ne mesure pas d’emblée. Mais si on s’attaque à des défaillances qui coûtent et qui ne rapportent rien, tout le monde est gagnant. »

« Choc et résilience : la France et l’Union européenne à l’épreuve des crises internationales : Failles systémiques, aveuglement des dirigeants et la quête d’une résilience collective. » de Gilles Barouch est publié chez Publibook.

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.