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Renault : l'arrivée de dix nouveaux modèles ne tient pas du miracle.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 29 mars 2024 (numéro 1.231) : “ Persécution : tous les prétextes possibles pour nous abattre (4) ”. Bonne lecture !!!
Les résultats de Renault pour l’exercice 2023 ont été bons, et meilleurs qu’attendus puisque l’entreprise, qui visait initialement une marge opérationnelle de l’ordre de 6 % du CA ou plus, révision en juin 2023 dans une fourchette de 7 à 8 % a sorti des comptes avec une marge opérationnelle de 7,9 % du CA soit 3 milliards d’euros, moitié plus que la prévision initiale. Cela vient de tout un tas de facteurs, dont notamment une perte modeste sur l’activité de fabrication de voitures électriques, où la Megane E-Tech a connu un succès moindre qu’initialement anticipé, une activité très rentable comme d’habitude sur les VUL (utilitaires légers), où les quatre gammes désormais complètes portent une marge supérieure à 10 % du CA, avec des ventes essentiellement en Europe méditerranéenne Moyen-Orient et Amérique du Sud. Bien évidemment, comme d’habitude, la partie « Global Access » qui est vendue surtout sous le nom de la marque Dacia a été d’autant plus rentable qu’il y a un succès de modèles vendus plus cher, comme le Jogger, en plus de la Sandero et de la Logan, qui partagent désormais la plate-forme CMP-B des Clio et du Captur.
Remontée rentable dans le segment C.
Ce qui a tiré la marge opérationnelle automobile, c’est aussi l’assez bon succès des modèles thermiques (vendus essentiellement en version hybride), du segment C que sont l’Arkana, l’Austral et désormais le nouvel Espace. Un quatrième modèle va arriver en 2024, le Rafale, plus proche du segment D que du segment C. Jamais dans l’histoire de Renault il n’y a eu une aussi bonne rentabilité que pour le duo Austral-Espace. La Clio restylée se vend bien, il en est de même pour le Captur, et sur ce segment, à la limite du segment B et C, un grand Captur va être lancé en 2024, afin de davantage séduire les familles. La bonne nouvelle de 2023, cela a été que Renault a transformé sa marge opérationnelle en tréflux sonnant et trébuchant. Après seulement 900 millions en 2021, le free cash-flow est passé à 2,1 milliards d’euros en 2022 et a atteint 3 milliards d’euros en 2023. Renault a profité de l’année dernière pour terminer sa réorganisation en cinq pôles différents.
Organisation en 5 pôles.
Il y a le pôle thermique, qui fabrique les voitures classiques et les modèles hybrides, qui fabriquent également les utilitaires légers et les modèles Dacia. Dans la partie moteurs, boîtes de vitesses et transmissions, c’est regroupé chez Horse, une coentreprise où Renault détiendra à terme 40 % du capital, le chinois Geely (propriétaire de Volvo) 40 % également et le pétrolier saoudien Saudi Aramco devrait théoriquement être à 20 % du capital. La conception et la fabrication de voitures électriques a été transférée dans une entreprise qui s’appelle Ampere. Initialement, il était prévu de la faire coter en Bourse, mais c’est un projet qui a été abandonné. Nissan et Mitsubishi devraient entrer comme actionnaires minoritaires via une augmentation de capital, et il est possible également qu’il y ait l’arrivée d’un partenaire technique qui s’appelle Qualcomm, qui serait une aide précieuse dans le développement des logiciels. Ampere vise non seulement la conception et la fabrication de véhicules électriques mais également la distribution de logiciels d’amélioration des performances au fur et à mesure de la vie de la voiture ou du VUL.