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Vietnam : un dragon très ambieux au carrefour de la Chine et de l'Inde.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 22 mars 2024 (numéro 1.230) : “ Persécution : tous les prétextes possibles pour nous abattre (4) ”. Bonne lecture !!!
Le Vietnam, qui s’étale tout au long de la mer de Chine, des contreforts du massif tibétain aux sources du Mékong et du fleuve Rouge au nord jusqu’à Saïgon et à la Cochinchine au sud, delta du même fleuve Mékong, n’a plus rien à voir avec le petit pays pauvre, porté à bout de bras par l’URSS, et bénéficiaire d’une aide massive de l’armée populaire de la Chine de Mao, qui a vaincu la France en 1954 puis les Etats-Unis et le régime sud-vietnamien en 1976. C’est toujours une dictature communiste, mais c’est devenu essentiellement une puissance économique régionale, qui est le deuxième producteur mondial de smartphones, on l’oublie complètement, le plus souvent.
Un régime communisto-capitaliste.
C’est un pays qui a une dimension régionale, rayonnant sur l’ancienne Indochine française, avec une forte influence sur le Laos et une rivalité avec la Chine pour dominer le Cambodge. Avec l’ancien Siam, l’actuelle Thaïlande, il n’y a pas à proprement parler de conflits, mais il y a une rivalité historique, face à un pays qui est toujours resté indépendant et qui n’a jamais été colonisé. Dans l’imaginaire collectif, le Vietnam se réduit souvent à une destination touristique qui fait rêver comme la baie de Ha Long, et la cité impériale de Hué. Pendant l’occupation japonaise de l’Indochine française, gouvernée alors par un gouvernement pétainiste, Ho Chi Minh s’est appuyée sur la partie rurale de la population essentiellement au nord du Vietnam pour pouvoir s’organiser. Même si le régime communiste reste toujours vindicatif idéologiquement, et qu’il persécute toujours les religions, dont la religion catholique, il faut savoir que, à l’instar de son voisin du nord, il a choisi le capitalisme et la mondialisation. La croissance annuelle au Vietnam est de l’ordre de 8 % par an, le chômage est inexistant.
Vaste marché intérieur.
Le Vietnam est d’abord un marché intérieur important, puisque la population dépasse les 100 millions d’habitants alors que, dans les années 1950, au cumul des nord et sud Vietnam, on était aux alentours d’une quinzaine de millions seulement. Les millions de morts des différentes guerres, les boat people qui ont fui la dictature communiste… n’ont pas empêché un très fort dynamisme démographique. Ce dynamisme de la population n’a pas empêché que le PIB par habitant a été multiplié par presque 9 en une vingtaine d’années. Il dépasse les 4.000 dollars par an et par habitant désormais (le triple en parité des pouvoirs d’achat). Bien évidemment, comme dans toutes ces dictatures communistes, cela se passe au prix d’inégalités énormes entre les régions, entre les villes et les campagnes, entre les plus riches et les plus démunis. De la même manière que la Chine est dirigée par une sorte de dictateur à vie, Xi Jinping, le Secrétaire général du Parti communiste vietnamien, Nguyen Phu Trong est en fonction depuis 2011 et lorsqu’une tête émerge, il n’hésite pas à la couper. En janvier 2023, le président du pays, Nguyen Xuan Phuc a démissionné alors qu’il n’est resté pas tout à fait deux ans à ce poste plus ou moins fictif. Officiellement, il fut accusé de corruption. En réalité, le Secrétaire général l’a fait remplacer par un de ses fidèles, Vo Van Thuong.