Lettre aux autruches et aux tubes digestifs.
LITTÉRATURE
C’est la surprise de ces dernières semaines. Le livre de Nicolas Vidal intitulé « Lettre aux autruches et aux tubes digestifs » s’apparente à une engueulade de 46 pages proférée à l'encontre des classes moyennes qui font l’autruche et, alors qu'aucun média institutionnel n’en a parlé, l’ouvrage s’est retrouvé en tête des ventes de livres pendant un mois, détrônant tous les grands succès habituels de librairie. Fin février, son ouvrage figure encore dans le Top 30 et en deuxième place des ventes dans la catégorie société et politique. Nicolas Vidal, qui est également le fondateur de Putsch Media, s’adresse à cette catégorie de nos concitoyens qui se moquent de l’actualité internationale et de ses conséquences sur leur vie quotidienne : « Ces gens me répondent qu’ils s’en foutent et ils ajoutent que cela me concerne parce que je suis passionné par la politique, alors qu’ils n’aiment pas la politique. On a l’impression qu’ils mettent la politique au même plan que la course à pied ou n’importe quelle autre activité culturelle. C’est dramatique, car ce sont des gens qui pourraient investir un peu de temps pour se renseigner. Mais ils ne font pas du tout le lien entre leur appauvrissement, à travers les taxes, les charges, le recul de la démocratie et les décisions politiques. Il n’y a pas de connexion intellectuelle sur le fait que leur existence se déprécie financièrement, intellectuellement et culturellement, et que cela a un lien avec les gens qui prennent des décisions pour nous. Cela veut dire qu’il y a un affaiblissement manifeste de l’intelligence collective. Les gens ont été broyés par le consumérisme, le jeu, les loisirs et toutes ces activités promises. Beaucoup de Français n’arrivent pas à voir cela, d’où ce parallèle avec les autruches qui se cachent de la réalité. »
Nicolas Vidal fait ce constat : « À partir du moment où vous vivez dans la démocratie IKEA, rien ne vous touche ! Pendant la crise sanitaire, vous avez eu ces injonctions et une partie de la population est allée se faire injecter, tout simplement parce qu’elle avait envie de reprendre sa vie d’avant. Les gens se sont dit qu’en acceptant cela, leur vie allait reprendre la couleur et la saveur d’auparavant. Mais c’était totalement faux, puisque l’on a bien vu que plus une partie de la population s’est soumise, plus la classe politique a continué à mettre le curseur de plus en plus haut. Cela a été terrible, parce que l’absence de réflexion sur nos libertés publiques et individuelles a précipité une grande partie de la population dans le rang des parias. Il faut se rappeler les mots très durs à l’époque. L’égoïsme peut faire basculer une société dans une forme de totalitarisme. Les gens qui ont accepté cela ne se sont pas rendu compte qu’ils sont les complices involontaires d’une forme de société qui bascule dans le totalitarisme, on le voit encore aujourd’hui, avec les questions d’écologie, de démocratie, les 49-3 ou l’article 4 de la loi sur les dérives sectaires. »
Nicolas Vidal poursuit son analyse : « C’est le résultat de la mondialisation. L’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a dépossédé l’autonomie de l’individu en le shootant à la consommation et au plaisir. La démocratie IKEA repose sur la consommation et l’égoïsme. Les Américains nous ont apporté des burgers, des parcs d’attractions, des films... On a désarmé les Français sur le plan intellectuel et culturel, on a détruit la capacité de réfléchir de la classe moyenne, qui a toujours été le socle de la société française, parce qu’elle est au carrefour de la culture populaire, mais aussi du financement de l’État. L’abrutissement des populations touche aussi la classe politique : il suffit d’entendre certains loustics au gouvernement et leurs prises de position ! Donc, il y a eu un effondrement prémédité de la classe moyenne. Cela donne après le droit de faire à peu près n’importe quoi. Prenons le dernier exemple en date. Emmanuel Macron donne 3 milliards d’euros à l’Ukraine. Cela ne passe pas devant le Parlement, alors que c’est inscrit dans l’article 53 de la Constitution. On aurait pu penser que les Français seraient outrés par cette décision, surtout face à la crise économique et à la baisse des dépenses de 10 milliards. Idem pour le traité constitutionnel sur l’Europe : les Français votent non à 54 % et on le fait passer en force au congrès de Versailles. On était déjà dans cette dépossession de notre autonomie, dans l’abrutissement. Les gens étaient déjà dans les centres commerciaux et ils ont laissé leur capacité de décider à une classe politique. Le postulat a été de dire : « Pourquoi l’État nous voudrait-il du mal ? » Quand vous avez une déperdition de la réflexion politique citoyenne, le pays va à vau-l’eau et la classe politique le sait. C’est pour cela qu’il n’y a plus de référendum depuis 2005. Nous sommes trop bêtes pour comprendre, l’État va s’occuper de tout, mais la divergence d’intérêts entre une partie de la classe politique et les citoyens est aujourd’hui prégnante. Il y a encore des gens qui restent tranquillement chez eux jusqu’à ce que mort s’ensuive sur le plan économique. »
On s’aperçoit que l’inculture permet de faire oublier l’histoire et de faire réagir les gens sur des événements, sans tenir compte du passé, par exemple sur des conflits actuels : « Quand vous avez un déficit énorme d’éducation, de culture générale et de réflexion, on ne peut plus mettre une grille de lecture sur une situation, comme c’est le cas aujourd’hui entre la Russie et l’Ukraine. On tombe dans le manichéisme, avec d’un côté les très bons et, de l’autre, les très méchants. Donc, si vous ne prenez pas le temps de vous renseigner sur les accords de Maïdan en 2014, sur le rôle des États-Unis et de l’OTAN, la stratégie de la peur fonctionne toujours. On voit bien que l’Ukraine est en train de sombrer littéralement, alors que l’on déverse des milliards d’euros sur ce pays et la clique Zelensky, la stratégie du gouvernement consiste à dire que les Russes ne s’arrêteront pas là. Il y a effectivement une propagande d’État et, quand cette propagande arrive sur des cerveaux en jachère, cela fonctionne immensément bien, car on a délibérément désarmé intellectuellement les Français. Regardez l’état de l’Éducation nationale, regardez le classement PISA de la France... On est dans l’effondrement économique, social, culturel et sécuritaire. Une partie de la population française est responsable de ce qui arrive, car les gens auraient dû se rendre compte de ce qui se passait. J’en veux beaucoup à la classe moyenne, ceux qui ont des enfants, car il faudra bien qu’ils se rendent compte de ce qui se passe et de ce que feront leurs gamins dans quelques années. Même sur ce point, cela ne capte pas ! Je suis désespéré par l’apathie d’une partie de la population qui a des gamins et qui se fout de ce qui se passe. Les gens disent qu’ils ne s’intéressent pas à la politique et qu’il n’y a aucune raison que la politique s’intéresse à eux. Cette structure intellectuelle est désarmante. Donc, les gens ne seraient pas touchés par l’inflation, le prix de l’électricité ou le prix du gaz ? »
On a beaucoup parlé de Navalny, mais il y a aussi Julian Assange qui a révélé ce qui s’est passé en Irak. Il y a vingt ans, Saddam Hussein était présenté comme le détenteur d'armes chimiques qui voulait détruire le monde, le monde était choqué et il était impossible d’avoir un discours contradictoire. Aujourd’hui, on sait que cela a été un grand mensonge. Donc, la vérité transperce… Mais, après, on se fie aux nouveaux récits réécrits par les mêmes scénaristes : « Vous avez raison, on est au courant de pas mal de choses, mais les gens s’en moquent. C’est très loin. Il y a des gens qui se foutent de tout ce qui n’est pas dans leur petit périmètre personnel. Une grande majorité de la France ne sait même pas qui est Navalny. Ce n’est pas une question d’intelligence, ce sont simplement des gens qui se désintéressent de tout et qui n’ont aucune perspective. L’histoire est oubliée, la politique c’est trop compliqué, les gens ne sont que dans le présent. Ils ont déjà une culture générale très floue sur l’histoire de notre propre pays, donc on ne peut plus appréhender l’avenir. Beaucoup de gens ont une vision du temps qui est littéralement plate et rien ne peut venir interférer dans leur petite vie tranquille, qui est d’ailleurs de moins en moins tranquille... Certains pensent que cela va tenir encore quelques années, alors que l’histoire est tragique. Mais vous ne pouvez savoir cela qu’à partir du moment où cela se produit : quand on touche à votre portefeuille, quand on vous fait les poches, quand on vide votre frigo... Il n’y a même pas une volonté de comprendre et cela me stupéfait. Si ces gens se permettent de faire passer la réforme des retraites en force, de faire tous ces 49.3, de filer de l’argent à l’Ukraine alors que nous n’en avons pas pour nos hôpitaux et nos agriculteurs, sans la moindre réaction, c’est un tapis rouge. J’ai retrouvé une conférence d’Édouard Philippe à l’ESSEC en 2021. Il racontait qu’il était toujours inquiet de savoir ce qu’allaient donner les réformes et il disait que cela passait à chaque fois, malgré quelques petits problèmes de maintien de l’ordre. Il était lui-même étonné de constater à quel point les réformes les plus insupportables passaient comme dans du beurre. La classe politique s’est durcie et elle est aujourd’hui sans limites. »
« Lettre aux autruches et aux tubes digestifs » de Nicolas Vidal est publié chez Amazon.
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