Le président de la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB) alerte sur la crise des producteurs bio.

LA RENCONTRE DE LA SEMAINE

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Philippe Camburet, président de la FNAB : « Les produits importés dans la grande distribution sont souvent plus chers que les produits bio achetés directement chez les producteurs. »

Philippe Camburet est le président de la FNAB (Fédération nationale d’agriculture biologique). La colère du monde rural est le symptôme d’un malaise profond de la profession agricole et, peu importe le modèle de production choisi, intensif ou vertueux, le revenu des agriculteurs continue de se dégrader. L’agriculture biologique n’échappe pas à ce phénomène : perte de l’aide au maintien en 2017, baisse des aides environnementales avec la nouvelle PAC, écroulement des prix payés aux producteurs par le marché depuis deux ans... La situation sur le terrain devient intenable et elle risque d’entraîner un recul du modèle biologique. Nous évoquons cette situation avec Philippe Camburet.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous dénoncez depuis plusieurs mois les difficultés de l’agriculture biologique, en soulignant que les exploitations ont davantage de charges et qu’elles sont confrontées à de nombreuses contraintes. Quel est le contexte ?

Philippe Camburet : Cela fait plusieurs mois que nous déplorons un abandon des pouvoirs publics d’une filière qu’ils ont eux-mêmes mise en avant et pour laquelle ils ont prévu un objectif ambitieux : 18 % des surfaces agricoles en 2027. Mais sans avoir les moyens d’y arriver. Aujourd’hui, les consommateurs ont tendance à bouder nos produits et, dans la restauration collective, on ne respecte pas les 20 % de bio. Donc, ce sont des débouchés qui se ferment. Je ne vois plus comment nous pouvons continuer de respecter les normes les plus ambitieuses et les plus strictes - et nous en sommes fiers - si, en face, nous n’avons pas une rémunération juste. On observe un recul de l’agriculture biologique en France, alors que nous étions dans une dynamique très positive pendant de longues années. Malheureusement, nous sommes dans un retournement assez violent.


Les producteurs bio sont-ils confrontés aux mêmes problèmes que les producteurs classiques, face à la grande distribution ?

Il faut savoir qu’une ferme sur deux vend une partie de sa production en circuit court, donc directement auprès des consommateurs, ce qui fait que nous sommes assez peu concernés par ces négociations. Tout ce qui va transiter ensuite vers un transformateur va forcément se retrouver, à un moment donné, devant un distributeur qui va imposer sa loi. Nous demandons depuis très longtemps une transparence sur les échanges commerciaux tout au long de la filière. Il y a en France un observatoire des prix et des marges. Malheureusement, cet observatoire ne s’occupe pas suffisamment des produits bio et nous sommes certains qu’il y a des acteurs qui abusent et qui prennent des marges très importantes sur les produits bio. Nous pâtissons tous les jours de cela et les produits bio deviennent des produits de luxe, alors qu’ils doivent être accessibles au plus grand nombre. Malheureusement, les circuits de distribution ne permettent pas d’apporter des produits abordables aux consommateurs.

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