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Voitures électriques : le marché peut-il se développer sans béquilles ?
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 2 février 2024 (numéro 1.223) : “ Persécution : tous les prétextes possibles pour nous abattre (2) ”. Bonne lecture !!!
Pour les voitures et VUL électriques, une seule question doit se poser : le marché peut-il se développer sans les aides publiques, sans le masque à oxygène ? Même si le décret d’application n’est toujours pas publié, puisque la France est entre deux gouvernements (quelques ministres ont été nommés, les ministres délégués et des secrétaires d’Etat restent à l’être), il est vraisemblable que dans quelques jours, le bonus pour l’achat d’une voiture électrique vendue à moins de 47.000 euros et fabriquée dans des conditions excluant les véhicules importés de Chine depuis le 15 décembre 2023 ne sera plus que de 4.000 euros contre 5.000 euros précédemment, 7.000 euros pour certaines catégories de la population. L’offre de « leasing social » était budgétée pour 25.000 exemplaires, quelques jours après son lancement, il semble que le nombre de dossiers soit déjà atteint voire même dépassé, Stellantis revendiquant environ 20.000 contrats signés.
Bercy râle.
Selon mes informations, Bercy râle quand le ministre de la Transition énergétique, M. Christophe Béchu, annonce que le dispositif sera étendu à 35.000 voire à 50.000 exemplaires pour son financement 2024. L’argent manque un peu partout, y compris dans des pays plus riches que nous. Chez nos voisins d’outre-Rhin, la voiture électrique vient d’être mise au régime sec. Du fait de la crise budgétaire, le gouvernement a supprimé brutalement le bonus écologique avec plus d’un an d’avance sur le calendrier qui était prévu. Les grandes entreprises présentes sur le marché ont décidé de compenser, au moins temporairement, en abaissant leurs prix via des « primes » qui peuvent aller jusqu’à 4.500 euros (le montant du précédent bonus), et qui peuvent parfois être même exorbitantes comme les 10.000 euros constatés pour la Dacia Spring outre-Rhin. En septembre dernier, le gouvernement allemand avait supprimé le bonus pour les voitures électriques commerciales. Cela n’a pas empêché une augmentation de 11 % des ventes à 524.000 unités, les voitures électriques représentent 18,4 % du total du marché, ce qui, de façon notable, dépasse largement la part des modèles équipés d’un moteur Diesel.
Subventions qui disparaissent.
On estime que depuis 2016, il y a eu pour environ 10 milliards d’euros de dépenses fiscales pour la vente d’environ 2,1 millions de véhicules électriques. Il est vraisemblable que les ventes vont baisser, forcément, en 2024, puisque l’absence de bonus renchérit le prix d’achat. En Espagne, les véhicules à batteries ne représentent que 5,5 % environ des immatriculations. Le plan du gouvernement socialiste permet pourtant aux acheteurs espagnols de bénéficier jusqu’à 7.000 euros pour un véhicule 100 % électrique et 5.000 euros pour un hybride rechargeable (7 % du marché). Les marques commercialisant ce type de véhicules en Espagne ajoutent 1.000 euros de remises et 10 % de moins pour les personnes à mobilité réduite, les taxis, VTC ou pour les personnes vivant en ruralité, dans des communes de moins de 5.000 habitants. Ce dispositif très généreux est en vigueur jusqu’à juillet 2024, la question est de savoir s’il sera reconduit. En Italie, les aides gouvernementales concernent surtout le déploiement de bornes de recharge dans l’espace public. Le marché automobile ne représentait pas une forte pénétration des voitures électriques avec seulement 3 % en 2023.