Jeux vidéos : l'eldorado perdu.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 19 janvier 2024 (numéro 1.221) : “ Persécution : tous les prétextes possibles pour nous abattre (2) ”. Bonne lecture !!!
On se souvient de l’ancien Infogrames dont la capitalisation boursière dépassait le milliard d’euros. Depuis, l’essentiel des actifs a été vendu, et l’entreprise n’est plus que l’ombre de ce qu’elle a été. La valorisation, à 0,105 euro le titre, est de 46 millions d’euros, et fait suite à de nombreuses augmentations de capital, les levées de fonds étant nécessaires au fur et à mesure des années, car l’entreprise a des besoins de trésorerie pour rester légèrement dans le jeu. Pour le S1 de son exercice 2023-2024, le CA n’a été que de 4,6 millions d’euros, c’est certes une hausse de +46 % d’une année sur l’autre, mais il ne faut quand même pas oublier que la perte opérationnelle a été encore de 5 millions d’euros. La perte nette s’est même accrue à 6,6 millions d’euros.
Le fantasme de l’Atari Box.
Il fut un temps où le marché avait fantasmé sur l’Atari Box, censée se vendre par dizaines de milliers ou par centaines de milliers d’unités, par effet de nostalgie pour les anciens adolescents devenus quadragénaires ou quinquagénaires. Cela a fait pschitt. Lors de la publication de ses chiffres semestriels, le groupe a indiqué que le déploiement de sa nouvelle stratégie de croissance pourrait requérir de nouveaux besoins en financements. Augmentation de capital ou contraction de nouveaux prêts auprès d’Irata, son principal actionnaire, cette consommation de cash comme une chaudière en plein hiver n’est pas obligatoirement une excellente nouvelle. Pendant très longtemps, Infogrames dépassait de la tête et des épaules le groupe Ubisoft, qui a connu une forte croissance depuis et fait partie des poids moyens du jeu vidéo dans le monde. Après une petite période de quasi-euphorie suite à la fusion entre Microsoft et Activision Blizzard, Ubisoft récupérant la distribution d’un certain nombre de jeux vidéo d’Activision dans le cadre des conditions exigées pour la fusion par l’autorité britannique de la Concurrence, il y a eu, patatras, un nouvel accident boursier pour le titre Ubisoft, qui n’est certes pas tombé à son plus bas du début de l’année 2023 (18,06 euros), mais s’est précipité d’un peu plus de 30 euros à à peine plus de 22.
Ubisoft casse son cours à coup d’Oceanes.
En effet, le groupe français a annoncé à la fin du mois de novembre qu’il était obligé de faire rouler sa dette, via une nouvelle émission pour 494,5 millions d’euros d’obligations convertibles ou échangeables en actions nouvelles ou existantes (OCEANES) qui certes permettent d’avoir un intérêt annuel réduit à 2,875 % (payables tous les six mois) mais déçoit le marché par son ampleur, et fait craindre, car le chat échaudé craint l’eau froide, qu’il y ait répétition de l’émission de décembre 2022 qui précéda, en janvier 2023, un très net avertissement sur les perspectives de résultat pour l’exercice qui s’est terminé le 31 mars 2023. N’oublions pas qu’Ubisoft prévoyait presque un demi-milliard d’euros de résultat opérationnel positif et que, lors de l’avertissement, on prévoyait une perte de 500 millions. Un milliard de différences en l’espace de quelques jours, quelques semaines au plus, cela n’a pas fait plaisir à celles et ceux qui avaient acheté des OCEANES pour un demi-milliard d’euros en décembre 2022. Lors de l’opération de Microsoft sur Activision Blizzard, un certain nombre de spéculateurs avaient considéré que le titre Ubisoft était le prochain sur la liste, et certains articles indiquaient un objectif de 100 euros pour l’action Ubisoft. Je dois rappeler que lorsque le groupe Vivendi est sorti du capital d’Ubisoft, l’action fut reclassée à un peu plus de 66 euros alors qu’elle ne valait ce mardi en clôture que 22,63 soit le tiers tout simplement. Il y avait bien quelque chose qui se tramait en ce qui concerne le dossier Ubisoft, mais cela ne s’est pas fait comme le marché le pensait.
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