Renault-Nissan-Mitsubishi : après le divorce, les parents font encore des bébés
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 22 décembre 2023 (numéro 1.217-18) : “ Persécution : tous les prétextes possibles pour nous abattre ”. Bonne lecture !!!
Le titre Renault n’a que peu baissé lors de l’annonce, ce mardi, de la cession d’environ 5 % du capital de Nissan par la fiducie qui stocke 28,4 % du capital. Nissan rachète à bon compte 5 % de son propre capital pour l’annuler, Renault récupère un peu plus de 750 millions d’euros de liquidités, mais va perdre, du fait d’une moins-value de cession, jusqu’à 1,5 milliard d’euros dans son résultat net au 31 décembre 2023. En effet, et ce n’était pas un secret, la participation de Renault dans Nissan, qui était naguère de 43,4 % et qui donnaient une prime de contrôle, avait été réévaluée à 17,5 milliards d’euros dans les comptes du losange. Cela donnait une valorisation globale de la société Nissan à plus de 40 milliards d’euros, alors que la capitalisation boursière de l’entreprise japonaise est aujourd’hui de 15 milliards seulement.
Relué pour la participation résiduelle.
Du fait de l’annulation, la participation détenue par la fiducie va monter mécaniquement de 23,4 à 24,63 % du capital, on peut estimer, ou espérer, qu’il y aura potentiellement une meilleure fortune sur les ventes ultérieures, surtout si Nissan, d’année en année, rachète des tranches de 5 % du capital. Comme la participation de 15 % va monter mécaniquement à 15,79 %, il est probable également que Renault basculera 0,79 % du capital de Nissan dans la fiducie. Comme indiqué dans tout un tas de courriels en interne chez Renault au début du mois de novembre, le divorce est consommé avec Nissan. Il n’est plus question d’avoir des échanges d’informations. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus de projets en commun, au contraire, on a même l’impression que les projets se sont multipliés dans la période récente, avec énormément de modèles Renault qui seront achetés « sur étagère » par son ancienne filiale. On se souvient que Nissan achetait les utilitaires Renault, issus du Kangoo (Townstar) au Master en passant par le Trafic, de la même manière que Toyota achète l’intégralité de sa gamme européenne d’utilitaires à Stellantis. Renault a longtemps fabriqué à Flins, sur une base commune avec la Clio, les actuelles Micra, dont la production a été arrêtée. C’est Ampere, filiale électrique de Renault, qui fabriquera les futurs véhicules électriques de segment B, tout comme les R5, les 4L, les Alpine A190…
Plusieurs modèles concernés.
Mais Renault va également fournir à Nissan deux nouveaux Crossover électriques, qui vont remplacer des modèles existants, et seront fabriqués dans l’usine britannique de Sunderland, qu’il convient de saturer. Nissan va mettre 600 millions d’euros dans le capital d’Ampere, Mitsubishi 200 millions et, parmi les véhicules achetés à Renault pour l’Europe, Mitsubishi va faire fabriquer un SUV étroitement dérivé du Scenic, en cours de lancement actuellement. En Inde, c’est Renault qui récupère la plus grosse partie de la production locale pour un outil industriel détenu à 70 % par Nissan et à 30 % par Renault, et c’est de la gamme Renault que sera dérivée une gamme Nissan pour un marché très dynamique, qui a un attrait important pour la nouveauté et pour lequel Renault a connu des succès parfois éphémères, mais a persisté et investi dans deux nouvelles gammes comme la troisième génération du Duster, un SUV à sept places plus gros, que l’on appelle généralement le Bigster, et un véhicule qui sera vraisemblablement dérivé de la plate-forme de la future nouvelle Twingo 4, un modèle électrique de segment A, pas trop cher à fabriquer, pour être acceptable sur le marché local. On se souvient que, à partir de la petite Kwid, Renault a développé les Kiger et Triber, là aussi, cela a connu un certain succès. Nissan bien évidemment va dupliquer la gamme Renault sous son propre blason, ce qui, vu la faiblesse des pénétrations des deux marques, ne fera pas vraiment de problème de cannibalisme.
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