Airbus doit remonter les cadences de fabrication, impérativement

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 15 décembre 2023 (numéro 1.216) : “ Persécution : tous les prétextes possibles pour nous abattre ”. Bonne lecture !!!

Certains anciens lecteurs se souviennent des difficultés constatées par le groupe Airbus dans la mise au point de l’avion de transport militaire A400M, qui avait un cahier des charges très différentes pour les besoins des armées l’ayant commandé, en France, en Espagne et en Allemagne notamment. Cela a coûté des milliards et des milliards d’euros au groupe Airbus afin de se tailler une place progressivement sur le juteux marché des avions militaires, qui fait le bonheur de son rival Boeing. Très récemment, Airbus a annoncé que ses A400M pouvaient avoir une autre destination, celle de bombardiers d’eau, en devenant des rivaux de ceux fabriqués par le groupe canadien Canadair. L’avion qui sert déjà au transport de troupes et de matériels, au ravitaillement en vol d’avions et d’hélicoptères, va être développé pour différentes protections civiles du monde, sous une forme de bombardiers d’eau, en embarquant jusqu’à 20.000 litres d’eau additionnée de retardant en une seule fois, avec un temps de chargement de 10mn. Les tests récents permettent de constater une amélioration de 30 % par rapport aux performances qui avaient été enregistrées lors de tests l’an dernier.

Airbus mise aussi sur le militaire, fief de Boeing.

De la même manière que le MRTT (dérivé des A330) est un avion ravitailleur qui a connu un vrai grand succès international, cette version spécifique de l’A400M pourrait permettre de diversifier la production d’Airbus. Outre des hélicoptères, civils et militaires, Airbus est également fabricant du Typhoon, via EuroFighter, un avion rival du Rafale de Dassault, qui est pour le moment bloqué sur un certain nombre de débouchés à l’exportation par le veto de l’Allemagne. Airbus vient de faire un point sur ses fabrications et livraisons depuis le début de l’année en ce qui concerne l’aviation civile. La montée en puissance est très significative, avec 64 avions livrés auprès de 40 compagnies clientes au mois de novembre, ce qui veut dire que l’objectif annuel est à la portée du groupe, s’il y a un peu plus d’une centaine d’avions livrés au mois de décembre. Ce qui est très intéressant, c’est de voir que le groupe a récupéré 113 commandes au mois de novembre, ce qui porte à 1.512 le nombre des commandes brutes pour les onze premiers mois de l’année 2023, chiffre qui se réduira à 1.395 commandes nettes une fois tenu compte des annulations et des transformations de commandes précédentes avec bascule d’un avion sur l’autre.


Monocouloirs : une domination mondiale.

Les cadences augmentent rapidement pour ce qui concerne les monocouloirs A320neo et A321neo, on semble en bonne voie pour que le groupe puisse être, en 2025 ou en 2026, dans ses objectifs de cadences qui correspondra à l’élargissement de la gamme des monocouloirs, l’entrée en service des A321 à très long rayon d’action (A321 XLR) étant prévue assez prochainement désormais. En théorie, l’énormité du carnet de commandes actuel d’un groupe comme Airbus donne une visibilité de dix ans de production. Dans la réalité, les exigences des compagnies aériennes font que le groupe sera dans l’obligation d’accélérer ses cadences, pour monter progressivement entre 850 et 950 avions civils livrés chaque année, sur toutes les gammes (A220, issus des C-Series de Bombardier, A319, A320 et A321, A330 remotorisés et A350). Lors de son point sur l’activité au 30 septembre 2023, le groupe a publié un résultat opérationnel ajusté de 3,6 milliards d’euros, ce qui est tout à fait correct, même s’il y a eu des charges exceptionnelles sur certains programmes de développement de satellites. L’entreprise génère du cash, puisque le tréflux a été de l’ordre de 1 milliard d’euros sur les neuf premiers mois de l’année.

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