Dollar : notre problème, leur monnaie... et toujours l'hégémonie mondiale
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 8 décembre 2023 (numéro 1.215) : “ Persécution : tous les prétextes possibles pour nous abattre ”. Bonne lecture !!!
Mi-août 1971, il y a déjà plus de cinquante-deux ans, du fait des dépenses inconsidérées de l’Amérique du Nord pour la guerre au Vietnam, Richard Nixon, alors président des Etats-Unis, décida de suspendre la libre conversion (entre Banques centrales) du dollar en or. Ce coup d’Etat monétaire fut l’objet d’un commentaire de la part d’un ministre américain : « le dollar c’est notre monnaie, mais c’est votre problème ». La monnaie américaine, déjà, était une monnaie à large diffusion internationale, une monnaie acceptée dans le monde entier, y compris (et surtout ?) dans les pays de l’ancien bloc soviétique qui n’étaient théoriquement pas ouverts au commerce mondial libre tel qu’on le connaît aujourd’hui.
De 1914 à 1945, montée en puissance.
Depuis la Première Guerre mondiale qui a amené le Royaume-Uni à dépenser des sommes colossales en armement, ce qui n’est pas très productif, la livre sterling, monnaie mondiale par excellence à la fin du XIXe siècle, avait piqué du nez. Les pays alliés, Royaume-Uni et France en premier, ont transféré beaucoup d’or en Amérique du Nord pour payer des matières premières, des munitions, de la nourriture. Cela fut le début du règne du dollar. Le président américain Franklin Delano Roosevelt interdit la possession d’or aux citoyens nord-américains, ce qui regonfla les réserves en or de la Banque centrale américaine au milieu des années 1930, et il en profita, quelques mois plus tard, pour augmenter très fortement la parité du dollar vis-à-vis de l’once d’or, ce qui fut à l’origine de la relance de l’Economie américaine, profondément déprimée suite au krach de 1929 et de la Grande Dépression qui s’est ensuivie. C’est donc une Economie américaine déjà fortement relancée (pour partie aussi via les commandes d’armement en provenance du Royaume-Uni et de la France dès 1938), qui aborda l’entrée en guerre des Etats-Unis d’Amérique en décembre 1941 suite à l’agression japonaise de Pearl Harbour et à l’inconséquente déclaration de guerre par l’Allemagne nazie, à la fin du mois de décembre de la même année. L’Economie américaine a connu alors une expansion colossale, sortant définitivement du marasme, fabriquant ce que l’on a appelé « l’arsenal des démocraties », y compris avec des fournitures colossales au profit de l’armée soviétique, qui sacrifiait en nombre colossal ses hommes mais qui s’est souvent battue avec des avions, des chars, des camions et autres matières premières directement livrés par l’Amérique du Nord.
Plan Marshall.
Après l’effondrement de l’Allemagne puis la capitulation du Japon, conséquence d’Hiroshima, les Etats-Unis ont eu l’habileté de relancer la construction de l’Europe via des prêts ou des dons en nature, ce qui a permis de passer d’une Economie de guerre vers une Economie de la consommation individuelle, de la modernisation et de la reconstruction de tous les Etats européens détruits par le conflit. On a appelé cela le « plan Marshall », du nom du général anciennement chef d’Etat major de l’armée américaine pendant le conflit. Qu’il s’agisse du pétrole ou des autres matières premières, minières ou alimentaires, c’est à Chicago beaucoup plus qu’à Londres que furent établies désormais les cotations, en dollars bien évidemment. La fin de l’empire britannique a entraîné la capitulation de la livre sterling, dont le rôle n’a jamais cessé de baisser dans les échanges internationaux, au profit des monnaies nationales des différents pays devenus indépendants (dont la roupie indienne), ou du dollar, pour l’essentiel des transactions. Après une deuxième faillite en un quart de siècle, l’Allemagne créa le deutsche mark, en 1948, ce qui stabilisa son Economie mais ne permit pas de devenir une monnaie de transactions internationales, voire de réserve, que de façon marginale.
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