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Delta Air Lines : un miracle de rentabilité est possible dans l'aérien !
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 1er décembre 2023 (numéro 1.214) : “ Persécution : tous les prétextes possibles pour nous abattre ”. Bonne lecture !!!
Quatre siècles après la naissance de Blaise Pascal, on pourrait parler de “ discours de la méthode “ avec le cas Delta. Les investisseurs sont rares à aimer les compagnies aériennes, car ils ont été énormément déçus dans le passé. En Amérique du Nord, le marché s’était éclaté, sous le président Jimmy Carter (1976-1980, battu par Ronald Reagan), avec la dérégulation du transport aérien. Depuis, il y a eu une reconcentration, peut-être même plus impressionnante que par le passé, autour de trois compagnies : Delta Air Lines, United Airlines et American Airlines.
Désendetté, rentable.
La plus rentable, c’est Delta, avec 11 % de marge opérationnelle contre 9 % chez United et 7 % chez American. Miracle ? Delta a décidé en 2023 de verser de nouveau un dividende, qui n’est pas très élevé puisqu’il est de 10 cents américains par actions chaque trimestre ce qui offre un rendement très modeste au regard d’un cours de Bourse d’environ 36,50 dollars. Delta Air Lines peut se le permettre puisque le groupe a remboursé pour plus de 10 milliards de dollars de dette au cours des deux dernières années. Les actionnaires d’Air France-KLM ne peuvent en dire autant puisqu’ils sont privés de dividendes depuis de nombreux lustres. Même si Delta Air Lines est tombé de 10 % environ à 2,9 % seulement du capital d’Air France-KLM, il y a certainement des leçons que les partenaires américains de la grande compagnie française sont en mesure de donner.
D’abord, miser sur une flotte moderne.
Il y a quelques années, Delta disposait d’une flotte ancienne, dont d’antédiluviens 757 de Boeing, qui opéraient sur des liaisons transatlantiques, avec une notion de confort très éloignée des prestations proposées par la concurrence. Désormais, ce n’est plus le cas, qu’il s’agisse des lignes internationales ou des lignes intérieures. On se souvient que Delta fut la compagnie de lancement de l’avion C-Series, du canadien Bombardier, bénéficiant d’un rabais de l’ordre des deux tiers sur le prix catalogue. Chance pour Delta, Bombardier a été racheté par Airbus et les C-Series commandés sont devenus des A220, avec beaucoup d’améliorations et une grande fiabilisation des lignes de fabrication, les droits de douane imposés par Donald Trump ont été supprimés puisque les avions sont désormais montés dans l’usine d’Airbus à Mobile, dans l’Alabama. Cela tombe bien, puisque Mobile se situe à deux pas d’Atlanta, siège social du groupe Delta. Delta est aujourd’hui le premier opérateur d’A220 au monde, ayant récupéré son premier appareil en octobre 2018, et ayant porté récemment le total de ses commandes à 131 unités. C’est un atout très important dans les liaisons internes aux Etats-Unis, car cet avion offre des conditions de vol très confortables, et un coefficient de remplissage optimisé vu sa taille plus petite que les 737 de Boeing ou les A319, A320 et A321 d’Airbus. Cette décision stratégique permet de rapatrier de la clientèle vers le moyeu (hub) d’Atlanta, pour la clientèle de très longue distance, la plus rentable.